Et si le titre mondial s’était joué avant même le premier échange ? En remportant la finale masculine des Championnats du monde de padel 2026 face à l’Argentine (2-1), l’Espagne a pris sa revanche après deux défaites consécutives en 2022 et 2024. Un sacre marqué par les prestations de Juan Lebrón, Aimar Goñi et Arturo Coello, mais surtout par les choix audacieux du sélectionneur Juanjo Gutiérrez. En face, l’Argentine peut nourrir d’immenses regrets. Entre un premier match qui lui échappe et certaines décisions tactiques discutables, notamment l’absence de Franco Stupaczuk, une question se pose : l’Espagne a-t-elle gagné grâce au génie de son sélectionneur ou l’Argentine a-t-elle perdu à cause de ses compositions ?

Juanjo Gutiérrez avait un plan, et il a parfaitement fonctionné

Lorsque les compositions de la finale sont tombées, plusieurs choix espagnols ont surpris.

Le premier concernait Aimar Goñi, associé à Juan Lebrón pour ouvrir la confrontation face à Martín Di Nenno / Leo Augsburger.

Un pari risqué. Goñi disputait son premier Mondial, tandis que ses adversaires étaient habitués aux grands rendez-vous et avaient déjà remporté un titre ensemble sur le circuit Premier Padel.

Mais la plus grande surprise venait de la décision de réserver Arturo Coello pour le troisième match, aux côtés de Coki Nieto.

Pourquoi laisser le numéro 1 mondial attendre une éventuelle rencontre décisive ? Pourquoi ne pas chercher à sécuriser immédiatement un point avec son meilleur joueur ?

Juanjo Gutiérrez avait visiblement une idée très précise de la manière dont il voulait construire cette finale.

Son raisonnement était simple : tenter de remporter le premier match avec Lebrón / Goñi, accepter que la deuxième rencontre face à Tapia / Chingotto soit particulièrement compliquée, puis compter sur Coello / Nieto pour faire la différence dans un éventuel troisième match.

Et c’est exactement ce qui s’est passé.

Lebrón / Goñi, le pari qui change tout

Le premier match aura finalement été le véritable tournant de cette finale.

Di Nenno / Augsburger partaient légèrement favoris, et les Argentins ont longtemps confirmé ce statut.

Après avoir remporté la première manche 7/5, ils prennent le break dans la deuxième pour mener 4/2.

À cet instant, l’Argentine n’est plus qu’à deux jeux de prendre l’avantage dans la finale mondiale.

Et derrière, elle sait qu’elle pourra compter sur Agustín Tapia et Federico Chingotto, largement favoris face à Paquito Navarro / Jon Sanz.

Autrement dit, l’Argentine était tout près de se retrouver dans un scénario idéal pour conserver son titre.

Mais les Espagnols ont refusé de céder.

Avec un Juan Lebrón exemplaire dans son attitude, constamment derrière son jeune partenaire, et un Aimar Goñi qui a progressivement élevé son niveau, l’Espagne est parvenue à renverser la rencontre.

Victoire 5/7 7/5 6/2.

Un résultat immense pour deux joueurs qui n’étaient pas favoris sur le papier.

C’est probablement sur ce match que l’Argentine a laissé échapper sa plus grande occasion de remporter un troisième titre consécutif.

Coello / Nieto, le choix gagnant pour conclure

Comme attendu, Tapia / Chingotto ont ensuite largement dominé Navarro / Sanz 6/1 6/2, ramenant les deux nations à égalité.

Tout allait donc se jouer sur la troisième rencontre.

Et c’est là que le pari de Juanjo Gutiérrez a pris tout son sens.

Arturo Coello et Coki Nieto retrouvaient Tino Libaak et Gonzalo Alfonso, une association argentine qui évolue ensemble sur le circuit Premier Padel.

Mais l’écart de niveau s’est rapidement fait sentir.

Avec un Coki Nieto exceptionnel de régularité et un Arturo Coello stratosphérique, les Espagnols ont complètement étouffé leurs adversaires.

Victoire 6/3 6/2, sans véritable suspense.

Une prestation qui confirme la pertinence du choix espagnol : conserver une association particulièrement fiable pour un éventuel match décisif.

D’autant que Coello / Nieto avaient déjà brillé lors de la finale mondiale 2024, en dominant les Argentins Stupaczuk / Di Nenno 6/1 6/2.

Le duo espagnol présentait donc de sérieuses garanties.

Et Juanjo Gutiérrez le savait.

L’Argentine peut-elle regretter d’avoir laissé Stupaczuk sur le banc ?

C’est probablement l’une des principales interrogations après cette finale.

Franco Stupaczuk, l’un des meilleurs joueurs argentins, n’a pas disputé la moindre rencontre de cette finale.

Un choix forcément surprenant au regard de son expérience, de son niveau et de son habitude des matchs à enjeu.

Le staff argentin, composé notamment de Rodrigo Ovide et Gaby Reca, avait pourtant plusieurs possibilités pour construire ses associations.

Fallait-il aligner Stupaczuk avec Martín Di Nenno, une paire qui se connaît parfaitement et qui a longtemps fait partie des références du circuit ?

Fallait-il utiliser Gonzalo Alfonso dans un autre match, pour conserver une association plus expérimentée face à Coello / Nieto ?

Ou encore miser sur une paire qui avait déjà fait gagner l’Argentine lors de la précédente finale mondiale ?

Toutes ces options méritent d’être discutées.

Car si l’Argentine possédait un effectif impressionnant, ses choix de composition ne lui ont finalement pas permis de profiter pleinement de cette profondeur.

Alfonso / Libaak face à Coello / Nieto : un pari trop risqué ?

Le choix d’aligner Gonzalo Alfonso et Tino Libaak dans le troisième match pose également question.

Certes, les deux Argentins jouent ensemble sur le circuit Premier Padel et possèdent donc de véritables automatismes.

Mais les opposer à Arturo Coello / Coki Nieto, avec un titre mondial en jeu, représentait un défi immense.

D’autant que les conditions de jeu en extérieur peuvent rendre les choses encore plus compliquées face à la puissance du numéro 1 mondial.

Alfonso, moins habitué à ce type de rendez-vous en extérieur que plusieurs de ses compatriotes, se retrouvait face à l’une des associations les plus difficiles à affronter dans un match décisif.

Et le résultat a été sans appel.

Les Argentins n’ont jamais réellement trouvé les solutions pour contenir Coello, tandis que Nieto imposait une régularité impressionnante.

Évidemment, rien ne garantit qu’une autre paire aurait obtenu un meilleur résultat.

Mais laisser Stupaczuk sur le banc tout en confiant le dernier point à Alfonso / Libaak constitue un choix sur lequel le staff argentin sera forcément interrogé.

Pourquoi ne pas avoir reformé Libaak / Augsburger, les héros de 2024 ?

Une autre possibilité mérite d’être évoquée : reformer Tino Libaak et Leo Augsburger.

Cette association possède une histoire très particulière avec les Championnats du monde.

En 2024, à Doha, les deux jeunes Argentins avaient offert le titre à leur pays dans le troisième match décisif face à Paquito Navarro / Mike Yanguas.

Au terme d’un énorme combat, ils s’étaient imposés 3/6 7/5 7/6, permettant à l’Argentine de conserver sa couronne.

Deux ans plus tard, le staff disposait donc de deux joueurs qui avaient déjà vécu et remporté ensemble un match décisif de finale mondiale.

Pourquoi ne pas avoir misé sur cette expérience commune ?

Bien sûr, les circonstances étaient différentes et Coello / Nieto représentaient une opposition autrement compliquée.

Mais cette option aurait au moins permis de réunir deux joueurs qui savaient exactement ce que représente la pression d’un troisième match pour le titre.

Un choix qui aurait également nécessité de modifier les autres associations argentines.

Et c’est bien là toute la difficulté d’une compétition par équipes : chaque décision en entraîne une autre.

Et si l’Argentine avait simplement mal négocié son premier match ?

Il ne faut cependant pas oublier un élément essentiel : l’Argentine avait bel et bien la possibilité de remporter cette finale avec les compositions choisies.

À 4/2 dans le deuxième set, Di Nenno / Augsburger tenaient presque le premier point.

Derrière, Tapia / Chingotto ont confirmé leur statut de grands favoris en dominant Navarro / Sanz.

Si les Argentins avaient conclu leur premier match, la question des compositions ne se poserait probablement pas aujourd’hui de la même manière.

C’est aussi toute la difficulté de l’analyse après une défaite : un choix tactique peut sembler excellent ou catastrophique selon quelques points décisifs.

Cela n’empêche pas de s’interroger sur l’absence de Stupaczuk ou sur les autres associations possibles.

Mais il serait réducteur de faire porter toute la responsabilité du résultat aux sélectionneurs argentins.

Même Arturo Coello n’était pas convaincu par le plan

Preuve du caractère audacieux de cette stratégie, Arturo Coello lui-même n’était pas totalement convaincu de devoir disputer le troisième match.

Après la victoire, le numéro 1 mondial a reconnu que Juanjo Gutiérrez avait eu le courage d’imposer une décision qu’il ne partageait pas complètement.

Le sélectionneur a expliqué avoir voulu réserver Coello pour les moments décisifs, en raison de sa capacité à gérer la pression.

Un pari assumé, finalement validé sur la piste.

Juanjo Gutiérrez ressort comme le grand gagnant de cette bataille tactique

Au final, difficile de ne pas saluer la lecture de Juanjo Gutiérrez.

Privé d’Alejandro Galán, il devait revoir ses plans et trouver les bonnes associations pour rivaliser avec une Argentine particulièrement solide.

Il a choisi de faire confiance à Aimar Goñi, de miser sur le leadership de Juan Lebrón et de réserver Arturo Coello / Coki Nieto pour un éventuel match décisif.

Trois choix forts, dont deux ont directement permis à l’Espagne de décrocher le titre.

En face, l’Argentine avait les armes pour gagner, mais elle n’a pas réussi à convertir sa meilleure occasion dans le premier match. Le maintien de Stupaczuk sur le banc et le choix d’Alfonso / Libaak pour conclure alimenteront forcément les discussions.

Génie tactique de Gutiérrez ou erreur du staff argentin ? Probablement un peu des deux dans la lecture du scénario, mais surtout une Espagne qui a parfaitement répondu présent dans les moments décisifs.

Car un sélectionneur peut préparer le meilleur plan possible, encore faut-il que ses joueurs le réalisent sur la piste.

Et cette fois, Lebrón, Goñi, Coello et Nieto ont donné raison à Juanjo Gutiérrez, permettant à l’Espagne de récupérer la couronne mondiale après quatre années de domination argentine.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !