Le padel pourrait-il devenir un allié dans la récupération cognitive après un cancer ? C’est la piste explorée par Andoni Moreno Alcaraz, spécialiste en neurosciences appliquées au sport et entraîneur de padel diplômé de niveau 2. Dans un travail consacré aux conséquences neurologiques de la chimiothérapie, il propose d’étudier les effets d’une pratique adaptée du padel sur la mémoire, l’attention et certaines fonctions cérébrales.

L’idée peut surprendre. Pourtant, elle repose sur une observation simple : jouer au padel ne consiste pas uniquement à courir et à frapper une balle. Le cerveau doit constamment analyser des trajectoires, anticiper des rebonds, prendre des décisions et coordonner les mouvements.

Ces caractéristiques pourraient présenter un intérêt pour certaines personnes confrontées à des troubles cognitifs après un traitement contre le cancer.

Le chemobrain, une conséquence parfois méconnue des traitements contre le cancer

Après une chimiothérapie, certains patients constatent des difficultés de mémoire, de concentration ou de raisonnement.

Ce phénomène est souvent désigné par le terme anglais « chemobrain », littéralement « cerveau chimio ».

Les médecins parlent plus largement de troubles cognitifs associés au cancer et à ses traitements.

Concrètement, une personne peut avoir davantage de difficultés à retenir une information, à suivre une conversation ou à réaliser plusieurs tâches simultanément.

La vitesse de traitement des informations peut également être affectée. Le cerveau met alors davantage de temps à analyser une situation et à produire une réponse.

Ces troubles ne concernent pas tous les patients. Ils peuvent aussi être influencés par la fatigue, le sommeil, le stress ou certains traitements associés.

Le National Cancer Institute, organisme américain de référence dans la recherche contre le cancer, reconnaît ces difficultés et souligne qu’elles peuvent parfois persister après la fin des traitements.

Pourquoi le padel intéresse-t-il Andoni Moreno Alcaraz ?

Dans son travail intitulé « Efectos Terapéuticos del Pádel en la Neurogénesis y la Rehabilitación Cognitiva frente a la Neurotoxicidad por Quimioterapia », Andoni Moreno Alcaraz défend l’intérêt potentiel d’une activité physique associant mouvement et stimulation cognitive.

Le padel présente justement cette particularité.

Lorsqu’une balle touche la vitre du fond, le joueur doit anticiper sa trajectoire, évaluer sa vitesse, se déplacer et choisir le geste approprié.

Ces opérations mobilisent notamment l’attention, la coordination et les capacités de décision.

En neurosciences, on parle de fonctions exécutives pour désigner certaines capacités permettant de planifier, de s’adapter et de contrôler ses actions.

Le padel sollicite également la représentation de l’espace, indispensable pour se positionner sur la piste et anticiper les déplacements.

Selon l’hypothèse de Moreno Alcaraz, cette combinaison pourrait constituer un stimulus intéressant dans le cadre d’une récupération cognitive.

Que dit réellement la science sur le sport après une chimiothérapie ?

Les bénéfices de l’activité physique pendant et après un cancer font déjà l’objet de nombreuses recherches.

Les recommandations internationales en oncologie reconnaissent notamment son intérêt pour améliorer la condition physique, réduire certaines formes de fatigue et contribuer à la qualité de vie.

Concernant les fonctions cognitives, les résultats scientifiques sont encourageants, même si les études restent hétérogènes.

Plusieurs travaux suggèrent que l’exercice physique pourrait contribuer à améliorer certaines capacités, notamment l’attention, la mémoire de travail et les fonctions exécutives.

La mémoire de travail correspond à notre capacité à conserver temporairement une information pour l’utiliser immédiatement. C’est elle qui intervient, par exemple, lorsque nous retenons une consigne avant de l’exécuter.

Mais il existe une différence importante entre démontrer les bénéfices généraux de l’activité physique et prouver l’efficacité d’un sport particulier.

Aucune donnée présentée dans le travail de Moreno Alcaraz ne permet actuellement d’affirmer que le padel serait plus efficace que la marche, le vélo ou d’autres activités physiques adaptées.

Une hypothèse scientifique qui reste à démontrer

Andoni Moreno Alcaraz propose d’évaluer les effets d’un programme de padel adapté sur une période de six mois.

L’objectif serait notamment d’observer l’évolution des performances cognitives et de certaines caractéristiques cérébrales à l’aide d’examens d’imagerie médicale.

Il s’intéresse particulièrement à la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à modifier ses connexions et son fonctionnement en réponse aux expériences et aux apprentissages.

Son travail évoque également la neurogenèse, qui désigne la formation de nouveaux neurones.

Il faut toutefois rester prudent : la stimulation du cerveau pendant une activité sportive ne démontre pas automatiquement la création de nouveaux neurones ni la réparation de lésions provoquées par les traitements.

Le document présenté constitue une proposition de recherche. Il ne fournit pas de résultats d’essai clinique permettant de confirmer ces effets chez des patients.

Le padel, une nouvelle piste pour accompagner la récupération ?

L’intérêt de cette réflexion est d’ouvrir le champ des activités susceptibles d’être étudiées dans les programmes de réadaptation après un cancer.

Le padel associe exercice physique, coordination, anticipation et interaction sociale. Autant de caractéristiques qui pourraient rendre sa pratique adaptée intéressante pour certains patients.

Mais celle-ci doit impérativement tenir compte de leur état de santé, notamment en présence de fatigue importante, de troubles de l’équilibre ou de neuropathies provoquées par les traitements.

Le padel ne constitue donc pas un traitement du chemobrain. Il représente aujourd’hui une hypothèse de recherche qui mérite d’être évaluée.

À travers ses travaux, Andoni Moreno Alcaraz invite ainsi à regarder le padel sous un angle différent : non plus uniquement comme un sport de loisir ou de compétition, mais comme une activité dont les caractéristiques pourraient présenter un intérêt dans certains parcours de récupération.

Une perspective qui devra désormais être confrontée à des études cliniques rigoureuses.

Sources et références

  • Andoni Moreno Alcaraz, Efectos Terapéuticos del Pádel en la Neurogénesis y la Rehabilitación Cognitiva frente a la Neurotoxicidad por Quimioterapia, document transmis à Padel Magazine.
  • National Cancer Institute, Cognitive Impairment in Adults with Cancer.
  • Campbell KL et al., Exercise Guidelines for Cancer Survivors: Consensus Statement from International Multidisciplinary Roundtable, Medicine & Science in Sports & Exercise, 2019.