Comment relancer l’équipe de France masculine après la désillusion des Championnats du monde 2026 ? Pour Adrien Maigret, ancien numéro 1 français et médaillé de bronze mondial, la réponse passe par une transformation de la préparation collective.

Invité de Padel Magazine, l’ancien international détaille sa vision : davantage de rassemblements, des paires françaises associées sur le circuit FIP, des confrontations internationales et des exigences plus fortes envers les joueurs sélectionnables.

Un projet ambitieux qui soulève également une question centrale : comment concilier les intérêts individuels des joueurs professionnels avec ceux de l’équipe de France ?

« Je demanderais aux joueurs de disputer plusieurs tournois ensemble »

Padel Magazine : Concrètement, que mettrais-tu en place pour préparer les grandes compétitions internationales ?

Adrien Maigret : Si j’étais sélectionneur, je définirais suffisamment tôt les associations que j’envisage pour l’équipe de France.

Ensuite, je demanderais aux joueurs de disputer plusieurs tournois ensemble pendant la saison.

Cela pourrait être trois ou quatre tournois FIP, par exemple, afin de développer des automatismes.

L’objectif n’est pas de leur imposer de jouer toute l’année ensemble. Il faut simplement qu’ils arrivent aux Championnats du monde en ayant déjà disputé des matchs avec leur partenaire.

On ne peut pas découvrir une association au dernier moment et espérer qu’elle fonctionne immédiatement.

« Nous avons un CNE, il faut en profiter »

Padel Magazine : Tu souhaites également multiplier les rassemblements ?

Adrien Maigret : Absolument.

Nous avons aujourd’hui un Centre national d’entraînement à Vichy. Il faut utiliser ces infrastructures pour réunir régulièrement les joueurs.

Pendant les périodes un peu plus creuses du calendrier, on pourrait organiser des stages, travailler les associations et tester différentes compositions.

On pourrait même organiser des rencontres amicales avec d’autres sélections.

Pourquoi ne pas inviter la Belgique, par exemple, pour une confrontation de préparation ?

Cela permettrait de tester nos paires dans des conditions proches de celles d’une compétition internationale.

« La carrière individuelle des joueurs doit être respectée »

Padel Magazine : Mais n’est-ce pas compliqué de demander à des joueurs comme Dylan Guichard ou Timéo Fonteny de se séparer temporairement de partenaires avec lesquels ils obtiennent de bons résultats ?

Adrien Maigret : Bien sûr qu’il faut prendre en compte leur carrière individuelle.

Je ne dis pas qu’il faut demander à Dylan Guichard d’arrêter de jouer avec Clément Geens, ni à Timéo Fonteny de mettre fin à son association avec Nacho Moragues.

Ces paires fonctionnent et les joueurs ont besoin de points pour progresser au classement mondial.

Mais il y a des périodes dans une saison où il est possible de s’organiser autrement.

On peut parfaitement envisager que deux joueurs français disputent ensemble quelques FIP Bronze, FIP Silver ou FIP Gold.

Ce sont des joueurs de niveau comparable. Ils peuvent être compétitifs ensemble.

Et qui sait ? Une nouvelle association pourrait même se révéler particulièrement performante.

« Si on n’essaie pas, on n’y arrivera jamais »

Padel Magazine : Tu ne penses pas que cette organisation serait extrêmement difficile à mettre en place ?

Adrien Maigret : C’est forcément compliqué, mais si on ne cherche jamais à le faire, cela ne se fera jamais.

Il faut discuter avec les joueurs, comprendre leurs contraintes et construire un calendrier cohérent.

Je connais Thomas Leygue, Dylan Guichard et Timéo Fonteny. Je ne pense pas une seconde qu’ils refuseraient systématiquement de jouer avec d’autres Français pour préparer l’équipe de France.

Ce sont des joueurs intelligents, qui connaissent l’importance de représenter leur pays.

Mais il faut leur proposer un cadre.

Le rôle du sélectionneur, c’est justement de mettre en place cette organisation.

« On peut aussi conditionner une sélection au respect du projet »

Padel Magazine : Et si certains joueurs ne souhaitent pas suivre cette méthode ?

Adrien Maigret : À un moment, il faut aussi pouvoir imposer certaines choses.

Un sélectionneur définit un projet. Les joueurs doivent comprendre ce qui est attendu d’eux.

Il peut y avoir des discussions, des ajustements, des accords. Mais si un joueur ne souhaite pas respecter le fonctionnement mis en place, cela peut aussi avoir des conséquences sur sa sélection.

Dans d’autres sports, de grands joueurs n’ont parfois pas été retenus parce qu’ils ne respectaient pas les règles collectives.

L’équipe de France doit rester au-dessus des intérêts individuels.

« Les P3000 ne sont pas la solution »

Padel Magazine : Pourquoi ne pas obliger les meilleurs joueurs français à participer aux P3000 pour développer cette dynamique collective ?

Adrien Maigret : Ce n’est pas là que je placerais la priorité.

L’objectif n’est pas de faire jouer les Français les uns contre les autres.

Ils se connaissent déjà parfaitement.

Ce qui nous intéresse, c’est de voir comment nos joueurs se comportent face à des Espagnols, des Argentins, des Italiens, des Belges ou des Suédois.

C’est pour cela que je privilégierais les tournois internationaux.

Les joueurs doivent se confronter aux meilleures paires étrangères et développer leurs automatismes dans ce contexte.

« Cette méthode doit aussi s’appliquer à l’équipe féminine »

Padel Magazine : Cette organisation pourrait-elle également fonctionner pour l’équipe de France féminine ?

Adrien Maigret : Bien sûr.

C’est une question de méthodologie, pas de catégorie.

Chaque sélectionneur doit connaître ses joueurs, suivre leur progression et construire une véritable dynamique collective.

Chez les femmes, il y a aussi une nouvelle génération qui arrive et des changements importants dans l’effectif.

Il faut laisser du temps au nouveau sélectionneur, Ronaldo Martínez, pour mettre en place son fonctionnement.

Mais le principe reste le même : on définit un projet, on le met en place, puis on analyse les résultats.

« Boronad et Robert doivent avoir leur chance »

Padel Magazine : Après la défaite contre les Pays-Bas, comment aborderais-tu les rencontres suivantes ?

Adrien Maigret : Je pense qu’il faut donner leur chance aux joueurs qui n’ont pas participé à la première rencontre.

Yoan Boronad et Jérémy Robert doivent pouvoir se retrouver sur le terrain.

Ils jouent ensemble depuis plusieurs mois et possèdent déjà des automatismes.

Il faut aussi que les cadres de l’équipe prennent leurs responsabilités.

Je les connais, je sais qu’ils vont vouloir réagir et montrer leur meilleur niveau.

L’objectif doit être de battre l’Australie et de réaliser la meilleure prestation possible face à l’Argentine.

Un projet qui remet le collectif au centre

À travers ses propositions, Adrien Maigret défend une évolution profonde de la préparation des sélections françaises.

Son idée centrale est simple : les joueurs ne doivent plus découvrir leurs associations au moment des grandes compétitions.

Pour l’ancien international, le développement du padel professionnel oblige désormais les sélections nationales à adopter des méthodes plus exigeantes.

Reste à savoir si la Fédération française de tennis envisagera de faire évoluer son organisation après les résultats des Mondiaux 2026.

Une chose est certaine : Adrien Maigret, qui a confirmé avoir candidaté au poste de sélectionneur, souhaite participer à cette réflexion.

Suite de l’interview, demain…

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.