En mai 2026, Alejandro Galán et Bea González semblaient lancés vers la première place mondiale. À Buenos Aires, Galán–Chingotto dominaient Coello–Tapia 6/2 6/1 pour décrocher leur cinquième titre en huit tournois. De leur côté, González–Josemaría remportaient un cinquième trophée consécutif.

Les deux paires dominaient alors la Race Premier Padel 2026. Cinq mois plus tard, le scénario a radicalement changé : Coello et Tapia sont assurés de terminer numéros 1 mondiaux pour la quatrième année consécutive, tandis que Bea González et Paula Josemaría ont été dépassées par Ari Sánchez et Andrea Ustero dans la course au sommet.

Comment deux paires aussi performantes ont-elles pu laisser échapper leur objectif ? La réponse se trouve notamment dans plusieurs matchs décisifs perdus alors que la victoire semblait acquise.

Un début de saison qui annonçait une bataille pour le numéro 1

Après une finale perdue à Riyad, Galán et Chingotto remportent le Gijón P2, connaissent un accroc en quarts à Cancún, puis enchaînent trois titres à Miami, NewGiza et Asunción.

À Buenos Aires, leur victoire contre Coello–Tapia constitue leur troisième succès consécutif face aux numéros 1 mondiaux.

Le parcours de Bea González et Paula Josemaría est tout aussi impressionnant. Après un quart à Riyad, une demi-finale à Gijón et une finale à Cancún, elles remportent cinq tournois consécutifs : Miami, NewGiza, Bruxelles, Asunción et Buenos Aires.

Bilan : 22 victoires consécutives et la première place de la Race.

À la mi-mai, les deux associations semblent avoir les moyens de renverser la hiérarchie mondiale.

Rome : le premier tournant

Le Major d’Italie marque une première rupture.

Chez les hommes, Coello et Tapia battent Galán–Chingotto en finale et entament une série victorieuse à Rome, Valence, Valladolid, Bordeaux et Málaga.

Chez les femmes, le scénario est encore plus cruel.

En demi-finale face à Sánchez–Ustero, González et Josemaría obtiennent quatre balles de match : deux à 6-5 dans le deuxième set, une dans le tie-break et une dernière dans le tie-break décisif.

Elles s’inclinent finalement 4/6 7/6 7/6 après 4 h 12, au terme du match le plus long de l’histoire de Premier Padel.

Leur série de 22 victoires et cinq titres consécutifs s’arrête brutalement. Elles remporteront encore Valladolid, mais cette défaite inaugure une succession d’occasions manquées.

Valence : Galán et Chingotto mènent 5-2, puis 5-1 dans le tie-break

La finale du Valence P1 constitue l’un des grands tournants de la saison masculine.

Face à Coello et Tapia, Galán et Chingotto remportent le premier set, perdent le deuxième, puis prennent une avance de 5-2 dans la troisième manche.

Ils mènent ensuite 5-1 dans le tie-break décisif.

Pourtant, les numéros 1 renversent la situation et s’imposent 6/7 6/1 7/6.

Quelques mois plus tard, Alejandro Galán évoquera des « moments de déconnexion », notamment à Valence, Málaga et Paris.

Le problème n’est pas forcément tactique : la paire parvient à prendre l’avantage, mais ne réussit pas toujours à le conserver jusqu’au dernier point.

Málaga : Bea González passe à deux points du titre

À domicile, Bea González connaît une nouvelle désillusion.

En finale face à Gemma Triay et Delfi Brea, González–Josemaría servent pour le titre à 6-5 dans le troisième set et passent à deux points de la victoire.

Mais leurs adversaires débreakent avant de remporter le tie-break 7-3.

Score final : 7/5 3/6 7/6, après plus de trois heures de jeu.

Comme à Rome, la paire espagnole avait les moyens de conclure. Et comme à Rome, le titre lui échappe.

Paris Major : deux nouvelles occasions envolées

Le Paris Major 2026 à Roland-Garros illustre parfaitement le parallèle entre Galán et González.

En quarts de finale, Bea González et Paula Josemaría dominent d’abord Marta Ortega et Sofia Araújo 6/2.

Elles obtiennent ensuite cinq balles de match, mais finissent par perdre 6/2 6/7 6/7.

Deux jours plus tard, Galán et Chingotto vivent une désillusion comparable en finale.

Face à Coello–Tapia, ils mènent 5-3 dans le troisième set et servent pour remporter le titre.

Mais les numéros 1 reviennent et s’imposent 6/3 4/6 7/6, empochant les 2 000 points du Paris Major.

Ces défaites pèsent particulièrement lourd : elles ne représentent pas seulement des titres perdus, mais aussi des points abandonnés à des concurrents directs dans la Race.

Sept titres pour Galán, six pour González : le paradoxe

Malgré ces désillusions, les statistiques restent remarquables.

Galán–Chingotto en 2026 :

  • 70 victoires et 13 défaites
  • 7 titres : Gijón, Miami, NewGiza, Asunción, Buenos Aires, Pretoria et Madrid
  • 6 finales perdues contre Coello–Tapia : Rome, Valence, Valladolid, Bordeaux, Londres et Paris

González–Josemaría en 2026 :

  • 54 victoires et 14 défaites
  • 6 titres
  • 5 trophées consécutifs, la plus longue série féminine de la saison

Mais plusieurs rencontres ont changé leur trajectoire : quatre balles de match manquées à Rome, un service pour le titre perdu à Málaga, cinq balles de match à Paris, puis un premier set mené 5-2 en finale à Milan.

Le constat est frappant : Galán et González ont beaucoup gagné, mais leurs principaux adversaires ont remporté davantage de confrontations décisives pour le classement mondial.

Kuwait Major : la confirmation d’une saison de regrets

Le Kuwait Major 2026 a définitivement éloigné les deux joueurs de leur objectif.

Blessé, Alejandro Galán déclare forfait. Coello et Tapia profitent de l’occasion pour remporter le tournoi et sécuriser mathématiquement leur quatrième saison consécutive à la première place mondiale.

Chez les femmes, Bea González et Paula Josemaría retrouvent Sánchez–Ustero en demi-finale.

Elles remportent le premier set, servent pour le match à 5-4 dans le deuxième, puis mènent 3-0 dans le tie-break.

Mais elles s’inclinent encore 6/4 6/7 6/7 après 3 h 44.

Un scénario presque identique à celui de Rome.

Avec cette victoire, Ari Sánchez et Andrea Ustero consolident leur deuxième place dans la Race, tandis que Triay–Brea remportent le Kuwait Major.

Le titre mondial féminin n’est pas encore mathématiquement attribué, mais González–Josemaría ont désormais perdu leur position de principales poursuivantes. Leur dernier titre remonte à Valladolid, en juin.

Galán et Bea González : une cassure mentale ?

La répétition de ces scénarios pose inévitablement la question du mental dans les moments décisifs.

Après sa défaite au Koweït, Bea González publie un message particulièrement révélateur de sa frustration :

« Beaucoup de jours, je me demande si tout cela en vaut vraiment la peine. »

Elle réaffirme toutefois sa volonté de travailler et de progresser.

De son côté, Galán a également traversé une période difficile après Paris, avec des éliminations contre Stupaczuk–Sanz à Rotterdam et Düsseldorf.

Mais l’Espagnol refuse de parler de renoncement. Il insiste sur le travail et assure qu’il y a « du Chingalán pour longtemps ».

Ces réactions témoignent d’une fatigue émotionnelle, sans permettre d’affirmer que les deux joueurs souffrent d’un blocage mental.

Une blessure, un choix tactique, un mauvais retour ou un point exceptionnel de l’adversaire peuvent également faire basculer une rencontre.

Deux grandes saisons, mais le même goût d’inachevé

Alejandro Galán et Bea González auront vécu deux saisons statistiquement remarquables, mais marquées par des occasions décisives manquées.

Si Galán–Chingotto avaient conclu à Valence ou Paris, ils auraient considérablement modifié la course au numéro 1 face à Coello–Tapia.

Si González–Josemaría avaient converti leurs balles de match à Rome ou Paris, ou conservé leur avantage à Málaga et au Koweït, la hiérarchie féminine aurait également pu être différente.

La première place mondiale est désormais hors de portée pour Galán. Pour Bea González, elle n’est pas encore mathématiquement perdue, mais s’est considérablement éloignée.

Sept titres pour Galán, six pour González : difficile de parler d’échec.

Pourtant, leurs trajectoires racontent une réalité parfois cruelle du padel professionnel : il ne suffit pas de gagner régulièrement pour devenir numéro 1 mondial.

Il faut surtout savoir conclure les matchs qui peuvent changer une saison.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.