La Coupe du monde devait commencer par une victoire face aux Pays-Bas avant de permettre aux Bleus de se mesurer, presque libérés, à l’ogre argentin. Le scénario a complètement changé lundi à Doha. Battue 2-1 par les Néerlandais au terme d’une rencontre qui semblait pourtant à sa portée, la France a déjà grillé une grande partie de son joker.

Dylan Guichard et Timéo Fonteny se sont inclinés 6/1 7/5 face à Sten Richters et Thijs Roper. Maxime Joris et Johan Bergeron ont ensuite sauvé les Bleus après avoir perdu la première manche, renversant Meijer/Nolten 1/6 6/3 7/5. Tout s’est donc joué sur le troisième match, où Thomas Leygue et Bastien Blanqué, champions de France en titre, ont cédé 6/4 1/6 6/3 face à Bart Van Opstal et Julian Prins.

La défaite est forcément une grosse désillusion. Elle est surtout riche d’enseignements avant le duel qui attend la France face à l’Argentine. Car contre Tapia, Chingotto, Stupaczuk, Di Nenno, Augsburger, Libaak, Alfonso et Arce, essayer simplement de reproduire les trois paires utilisées contre les Pays-Bas paraît difficilement défendable.

La question pour Pablo Ayma est désormais simple : comment construire deux paires françaises capables de créer un immense exploit ?

Les Pays-Bas ont fait exploser le scénario prévu

Sur le papier, la composition française face aux Pays-Bas avait une certaine logique. Guichard–Fonteny réunissait deux des Français les plus performants de la nouvelle génération. Leygue–Blanqué constituait la paire la plus expérimentée et la plus référencée nationalement, quelques semaines seulement après son titre de championne de France. Au milieu, Joris–Bergeron devait apporter de la stabilité.

Mais la piste a raconté autre chose.

Guichard et Fonteny ont subi un début de rencontre extrêmement compliqué avant de retrouver un niveau plus conforme à leurs standards dans le deuxième set. Leygue et Blanqué ont eux aussi montré qu’ils pouvaient complètement retourner leur match en dominant très largement la deuxième manche, mais sans parvenir à maintenir cette dynamique dans le troisième set.

À l’inverse, la seule paire française victorieuse est celle qui avait le plus mal commencé. Menés après un 6/1 initial, Joris et Bergeron ont réussi à rester dans leur match, à renverser la dynamique puis à aller chercher le point au bout du troisième set.

Avant d’affronter l’Argentine, ce résultat doit forcément entrer dans la réflexion.

Première décision : ne pas casser Joris / Bergeron

Dans une compétition aussi courte, la confiance compte énormément. Et Maxime Joris et Johan Bergeron viennent de gagner le seul point français face aux Pays-Bas.

Il existe évidemment des associations théoriquement plus fortes sur le papier, mais pourquoi casser immédiatement la paire qui vient de répondre présente sous pression ?

Leur victoire n’a pas été parfaite. Le 1/6 de la première manche le rappelle. Mais leur capacité à rester dans la rencontre, à inverser le rapport de force et surtout à conclure 7/5 au troisième constitue exactement le type de scénario dont la France aura besoin contre l’Argentine.

Face à des joueurs supérieurs dans quasiment tous les compartiments individuels, les Bleus ne pourront probablement pas espérer contrôler les matchs du début à la fin. Il faudra survivre aux temps faibles, s’accrocher et être capable de transformer une rencontre si une fenêtre s’ouvre.

Joris–Bergeron viennent précisément de le faire.

Première paire : Maxime Joris – Johan Bergeron.

Leygue / Guichard : mettre les deux principales armes françaises ensemble

C’est probablement le choix le plus offensif.

Thomas Leygue et Dylan Guichard sont aujourd’hui les deux Français ayant montré le plus de capacité à exister face à des joueurs de très haut niveau international. Guichard a notamment battu Sanyo Gutiérrez et Javi Garrido à Lyon cette saison avec Adam Axelsson, tandis que Leygue est devenu en septembre le premier Français à atteindre les huitièmes de finale d’un Major, à Roland-Garros.

Surtout, l’association est naturellement complémentaire : Guichard est gaucher et évolue à droite, tandis que Leygue peut occuper le côté gauche.

Face aux Pays-Bas, Pablo Ayma avait choisi de séparer ses deux joueurs les mieux classés afin de répartir les forces, ce choix n’a pas été payant. Contre l’Argentine, la logique peut être totalement différente.

La France ne sera favorite sur aucun des trois matchs. Elle n’a donc peut-être plus intérêt à chercher trois associations équilibrées. Elle doit fabriquer au moins une paire capable, pendant une heure et demie, de faire véritablement douter une paire argentine.

Leygue–Guichard est probablement celle qui possède le plafond le plus élevé.

Leygue apporte la puissance, la couverture aérienne et la capacité à finir les points. Guichard peut créer énormément de volume à droite, accélérer avec sa patte gauche et supporter une grosse partie de la construction.

Ce serait un pari. Mais face à l’Argentine, ne pas parier serait peut-être encore plus dangereux.

Deuxième paire : Thomas Leygue – Dylan Guichard.

Et pour la troisième ? Blanqué / Boronad plutôt que reproduire Blanqué / Leygue

C’est ici que le choix devient beaucoup plus délicat.

La tentation serait évidemment de reconduire Blanqué–Leygue. Les deux hommes viennent de remporter ensemble le championnat de France et possèdent des automatismes que l’on ne recrée pas en quelques jours. Leur défaite face aux Pays-Bas ne doit pas effacer tout ce qu’ils ont construit.

Mais déplacer Leygue avec Guichard oblige à reconstruire le troisième duo.

Une association Bastien Blanqué / Yoan Boronad aurait du sens. Elle n’est d’ailleurs pas totalement expérimentale : les deux hommes ont déjà partagé la piste sur le circuit FIP cette saison.

Blanqué apporterait l’expérience immense des compétitions par équipes, tandis que Boronad offrirait sa fraîcheur, sa qualité de balle et surtout une forme d’insouciance qui pourrait être précieuse dans un match où la pression serait largement du côté argentin.

Il y aurait aussi une logique générationnelle intéressante : entourer le jeune Français d’un joueur qui connaît parfaitement ce type de rendez-vous plutôt que de lancer ensemble deux très jeunes joueurs face à une sélection championne du monde.

Troisième paire : Bastien Blanqué – Yoan Boronad.

Cela laisserait Timéo Fonteny et Jérémy Robert sur le banc pour cette rencontre. Un choix forcément difficile concernant Fonteny, l’un des grands talents français et déjà très présent sur le circuit international, mais qui sortirait d’un match compliqué face aux Pays-Bas.

Pourquoi ne pas simplement conserver Guichard / Fonteny ?

Parce que l’Argentine n’est pas les Pays-Bas.

Guichard et Fonteny peuvent parfaitement rebondir après leur défaite. À seulement 19 ans pour Fonteny, ce genre de match fait aussi partie de l’apprentissage du très haut niveau. La FIP elle-même présente Fonteny, Boronad et Robert comme le cœur de la nouvelle génération française.

Mais la situation comptable change la manière de réfléchir.

Face à une sélection argentine qui a commencé son Mondial en infligeant un 3-0 à l’Australie, Stupaczuk–Chingotto 6/1 6/1, Augsburger–Di Nenno 6/0 6/0 et Alfonso–Arce 6/1 6/0, la France a besoin de créer des associations capables de sortir de leur zone de confort.

Reproduire simplement les mêmes paires après une défaite contre les Pays-Bas reviendrait à espérer que le même dispositif fonctionne face à une opposition infiniment plus forte.

Pablo Ayma peut choisir cette continuité. Mais le moment semble plutôt appeler une prise de risque.

Le véritable problème : quelle Argentine va se présenter ?

Et c’est là que le casse-tête devient presque insoluble.

Lors de la première journée, l’Argentine a pu laisser Tapia, Libaak et plusieurs autres possibilités de côté tout en alignant trois paires extrêmement fortes. Stupaczuk a joué avec Chingotto, Augsburger avec Di Nenno et Alfonso avec Arce. Les trois rencontres ont été expédiées.

Rodri Ovide et Gaby Reca disposent également de Tino Libaak et surtout d’Agustín Tapia, numéro 1 mondial. La profondeur argentine permet donc quasiment toutes les stratégies.

Tapia / Chingotto serait une association redoutable. Stupaczuk et Di Nenno peuvent reconstituer les Superpibes. Libaak et Augsburger ont déjà offert à l’Argentine le point décisif de la finale mondiale 2024. Alfonso et Arce possèdent leurs propres automatismes après des années passées ensemble.

La France ne trouvera donc probablement pas de “bonne” paire argentine à cibler.

Elle doit plutôt se demander quelle association française peut imposer quelque chose, quel que soit l’adversaire.

Ne pas chercher trois miracles, mais deux opportunités

C’est finalement toute la différence entre le match contre les Pays-Bas et celui contre l’Argentine.

Face aux Néerlandais, la France devait être supérieure sur l’ensemble de la confrontation. Elle avait donc intérêt à répartir ses forces afin de présenter trois paires solides.

Face aux champions du monde en titre, cette stratégie atteint ses limites.

Pour gagner une confrontation internationale, il faut deux points. Pas trois.

La France doit donc peut-être accepter d’être plus vulnérable sur l’un des matchs pour augmenter ses chances sur les deux autres. Une paire Leygue / Guichard concentrerait une grande partie du potentiel français. Joris–Bergeron conserverait la seule association victorieuse de la première journée. Blanqué / Boronad apporterait un mélange d’expérience et de jeunesse sur le troisième terrain.

Leygue / Guichard.
Joris / Bergeron.
Blanqué / Boronad.

Ce serait un choix fort. Et certainement pas sans risque. La troisième paire est d’ailleurs la plus sujette à un remaniement, on pourrait donner sa chance à Jérémy Robert, ou faire jouer deux jeunes qui se connaissent par cœur : Fonteny / Boronad.

Mais après la défaite face aux Pays-Bas, la France n’est déjà plus dans une situation où elle peut simplement gérer son Mondial. Les deux premières équipes du groupe seulement rejoindront les quarts de finale, et les Bleus sont désormais sous pression dans une poule où figure le champion du monde argentin.

L’objectif face à l’Argentine ne peut donc pas être de limiter les dégâts. Il faut essayer de créer deux matchs.

Deux matchs qui restent serrés suffisamment longtemps pour que la pression change de camp. Deux matchs dans lesquels une paire française peut commencer à croire qu’elle tient quelque chose. Deux opportunités de transformer une confrontation presque impossible sur le papier en l’un des plus grands exploits de l’histoire du padel français.

Après la désillusion néerlandaise, les Bleus n’ont peut-être plus grand-chose à protéger.

Et c’est précisément ce qui pourrait les rendre dangereux.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.