6/0 6/1. 6/1 6/0. 6/0 6/0. Pour son entrée dans la FIP World Cup à Doha, l’Espagne n’a pas vraiment laissé le temps à l’Allemagne de croire à l’exploit. Claudia Fernández et Bea González ont ouvert la journée par un 6/0 6/1, Paula Josemaría et Martina Calvo ont poursuivi sur le même rythme avec un 6/1 6/0, puis Gemma Triay et Marta Ortega ont terminé le travail sur un double 6/0.

Bilan : 36 jeux remportés, seulement deux concédés. Évidemment, l’Allemagne ne représente pas le niveau d’opposition que l’Espagne rencontrera dans les derniers tours. Mais derrière ces scores presque absurdes se cache peut-être le véritable problème posé par la sélection espagnole : pour la battre, il ne suffit pas de trouver une paire capable de créer un exploit. Il faut en trouver deux.

Huit joueuses, pratiquement aucune faille

La sélection espagnole possède une particularité presque unique dans ce Mondial : ses huit joueuses appartiennent au très haut niveau mondial. Gemma Triay, Bea González, Ari Sánchez, Paula Josemaría, Andrea Ustero, Claudia Fernández, Martina Calvo et Marta Ortega offrent une profondeur que très peu de nations peuvent approcher.

Autrement dit, même en laissant deux joueuses sur le banc, l’Espagne peut construire trois associations extrêmement compétitives. Et la première journée l’a parfaitement illustré. La Roja n’a même pas eu besoin de reproduire les paires habituelles du circuit : Fernández avec González, Josemaría avec Calvo, Triay avec Ortega. Trois associations différentes, trois victoires très larges.

C’est précisément cette capacité à recomposer ses duos sans faire réellement chuter le niveau général qui rend l’Espagne si difficile à attaquer.

Le problème n’est pas de gagner un match, mais d’en gagner deux

Prenons l’hypothèse d’une future finale face à l’Argentine. La sélection argentine possède évidemment des joueuses capables de battre n’importe quelle paire espagnole sur un match. Delfi Brea en est l’exemple le plus évident, et la finale du Mondial 2024 avait montré que l’Argentine pouvait réellement pousser l’Espagne dans ses retranchements.

Ce jour-là, Delfi Brea et Claudia Jensen avaient remporté la première manche 6/3 face à Ari Sánchez et Paula Josemaría, puis servi pour le match à 5/4 dans le deuxième set avant de finalement s’incliner 3/6 7/5 7/5. L’exploit était tout proche.

Mais c’est justement là que le problème espagnol apparaît dans toute sa dimension. Même en prenant ce point, l’Argentine devait encore aller chercher une deuxième victoire. Or, sur l’autre rencontre, Gemma Triay et Claudia Fernández avaient battu Virginia Riera et Julieta Bidahorria 6/3 6/2, et un troisième match restait encore à jouer.

Face à l’Espagne, une sélection ne doit donc pas réussir un exploit. Elle doit souvent en réussir deux dans la même journée.

Le format par équipes avantage énormément l’Espagne

Sur le circuit Premier Padel, une paire peut connaître une mauvaise journée et être éliminée. Dans une compétition par nations, la logique est très différente : il faut remporter deux des trois matchs. Et ce format avantage énormément les équipes disposant d’une grande profondeur.

C’est exactement le cas de l’Espagne. Si Gemma Triay connaît un jour moins bon, il reste Bea González, Paula Josemaría, Ari Sánchez, Claudia Fernández, Andrea Ustero, Marta Ortega et Martina Calvo. Il est même difficile de définir aujourd’hui ce que serait réellement la “troisième paire” espagnole, car elle pourrait encore être composée de joueuses habituées aux quarts, demi-finales ou finales des plus gros tournois du circuit.

C’est probablement ce qui distingue le plus l’Espagne de ses principales rivales. L’Argentine possède plusieurs joueuses capables de rivaliser au sommet, l’Italie ou le Portugal disposent également de profils solides, mais aucune autre nation ne peut répartir autant de talent sur trois terrains.

L’Espagne peut aussi choisir le type de match qu’elle veut jouer

La richesse espagnole n’est pas seulement quantitative. Les profils sont très différents et permettent de construire des paires adaptées au scénario recherché. Gemma Triay apporte son contrôle du jeu et sa lecture tactique, Bea González son explosivité, Paula Josemaría sa vitesse et son agressivité, Ari Sánchez sa qualité de construction, Claudia Fernández sa stabilité, Andrea Ustero son punch de gauchère, Marta Ortega son expérience et Martina Calvo une fraîcheur impressionnante à seulement 18 ans.

Cette diversité permet au sélectionneur espagnol de bâtir ses paires en fonction de l’adversaire. Besoin de stabilité ? Il a les joueuses pour cela. Besoin d’accélérer davantage ? Là encore, les solutions existent. Besoin de modifier les diagonales avec une gauchère ? Plusieurs options sont possibles.

La première journée en a donné un aperçu très clair : Paula Josemaría a été associée à Martina Calvo et le duo s’est imposé 6/1 6/0. Voir une joueuse de 18 ans intégrée immédiatement à une paire aussi forte montre à quel point le réservoir espagnol est profond.

Les paires habituelles du circuit ne sont même plus indispensables

Autre élément inquiétant pour les adversaires : l’Espagne n’est pas obligée de reproduire les associations du circuit. La première journée l’a déjà démontré avec trois duos totalement recomposés. Face à une opposition plus forte, les automatismes prendront évidemment davantage d’importance, mais la Roja possède suffisamment de qualité individuelle pour tester différentes combinaisons pendant la phase de groupes avant de retenir ses associations pour les matchs décisifs.

Pendant que certaines sélections cherchent la meilleure manière de constituer deux paires réellement compétitives, l’Espagne doit presque résoudre le problème inverse : quelles joueuses laisser sur le banc ?

L’Argentine a tout de même montré une voie

Pour autant, considérer l’Espagne comme totalement intouchable serait aller trop loin. La finale 2024 avait été beaucoup plus serrée que son score final de 2-0 ne le laisse penser. Brea et Jensen ont réellement eu la possibilité de prendre le deuxième match et d’envoyer les deux nations dans une rencontre décisive.

C’est peut-être là que se trouve l’une des rares pistes pour les adversaires : ne pas chercher à rivaliser avec l’Espagne sur les trois rencontres, mais cibler deux matchs précis. Construire les deux meilleures associations possibles pour ces confrontations et éventuellement accepter de sacrifier le troisième match.

Car vouloir lutter à armes égales sur les trois terrains revient probablement à jouer exactement sur le terrain préféré de l’Espagne : celui de la profondeur.

Le véritable point faible de l’Espagne est peut-être de devoir choisir

C’est finalement le paradoxe de cette équipe. Avec autant de possibilités, le principal danger pourrait venir du choix lui-même. Quelle paire construire autour de Triay ? Faut-il conserver certaines associations connues du circuit ou privilégier de nouvelles complémentarités ? Faut-il concentrer les meilleures joueuses dans deux paires très fortes ou répartir les forces sur trois duos plus homogènes ?

Une mauvaise lecture du matchup peut évidemment ouvrir une porte. Mais encore faut-il ensuite l’exploiter.

L’Espagne est arrivée à Doha en tenante du titre et sa première journée n’a rien fait pour rassurer ses adversaires : 36 jeux à 2, trois paires différentes, six joueuses utilisées, tandis qu’Ari Sánchez et Andrea Ustero n’avaient même pas besoin d’entrer sur le terrain.

Alors la question n’est peut-être plus vraiment de savoir quelle paire peut battre une paire espagnole. Plusieurs en sont capables.

La vraie question est beaucoup plus compliquée : quelle nation peut en battre deux le même jour ?

Pour l’instant, c’est précisément là que l’Espagne semble présenter le moins de failles.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.