Depuis quelques mois, de nombreux joueurs et joueuses membres des circuits professionnels font leurs valises pour s’installer aux Émirats arabes unis, notamment à Dubaï. Jon Sanz, Victoria Iglesias, Javi Garrido et bien d’autres ont ainsi quitté leur cocon espagnol pour découvrir de nouveaux horizons. Pour des raisons légitimes… ou pas !

Quitter l’Espagne pour mieux durer sur le circuit

Le mouvement n’a plus rien d’anecdotique. Saison après saison, le padel professionnel voit une partie de ses joueurs et joueuses s’éloigner de l’Espagne, pays phare du padel, pour s’installer ailleurs. Et depuis quelque temps, une destination revient sans cesse : Dubaï.

L’un des exemples marquants de cet « exode » : Victoria Iglesias.
Classée autour de la 20e place mondiale, l’Andalouse a annoncé son installation à Dubaï via ses réseaux sociaux, avec un discours clair et assumé. Selon elle, il ne s’agit pas d’une rupture avec l’Espagne, mais d’un véritable choix de carrière. Une manière de continuer à s’améliorer et de performer dans un environnement présenté comme mieux aligné avec les exigences du très haut niveau.

Même logique du côté de Jon Sanz, qui a lui aussi confirmé son intention de s’installer aux Émirats. Son choix est motivé par la volonté de réduire les contraintes de sa vie de joueur professionnel : calendrier saturé, déplacements incessants, fatigue accumulée… À ses yeux, vivre dans un hub international comme Dubaï permet de mieux gérer la logistique tout en restant connecté au circuit Premier Padel.

Aux raisons avancées par ces deux néo-exilés s’ajoutent celles évoquées par leurs pairs : conditions d’entraînement optimales, météo stable, infrastructures neuves… et une fiscalité bien plus avantageuse. La question financière est d’ailleurs assumée, sans tabou, par la majorité des joueuses et joueurs en partance pour le nouvel eldorado émirati.

Dubaï, base d’entraînement XXL et terrain de jeu idéal

Si Dubaï attire, ce n’est pas uniquement pour son cadre de vie. La ville est devenue au fil des années un centre d’entraînement névralgique pour les sportifs de haut niveau.
Le NAS Sports Complex, par exemple, s’est progressivement imposé comme un pôle de haute performance, fréquenté par des athlètes issus de disciplines très diverses, dont le padel.

Les Émirats arabes unis comptent aujourd’hui plus de 320 clubs et 950 terrains, soit près de 30 % de tous les terrains de padel en Asie. Le pays recenserait environ 250 000 pratiquants. Selon les données de la FIP, les Émirats affichent l’un des meilleurs ratios terrains/population du continent, avec un terrain pour 10 000 habitants.

Le padel y est structuré par l’UAE Padel Association, affiliée à la FIP depuis 2016, et reconnu officiellement comme sport par le ministère des Sports émirati depuis 2019. Autrement dit : un projet institutionnel, soutenu, et pensé sur le long terme.

Padel Dubai

Naturalisations : le levier sportif assumé des Émirats

Les raisons de ces exils ne se limitent pas à la qualité de vie. Depuis un peu plus d’un an, les Émirats arabes unis ont franchi un cap stratégique : la naturalisation sportive. Plusieurs joueurs espagnols évoluent désormais sous pavillon émirati, parmi lesquels Iñigo Jofre, Arnau Ayats, Enri Goenaga, Sergio Icardo, Francisco Jurado ou encore Nacho Vilariño.

Une politique qui a fait grincer des dents, mais que les principaux concernés assument pleinement. Lors du Mondial 2024 au Qatar, Iñigo Jofre expliquait sans détour :

« Plus qu’une polémique, ça va faire progresser le niveau du padel. En Espagne et en Argentine, il y a énormément de très bons joueurs, mais seuls huit peuvent être sélectionnés. Ça rend la compétition plus attractive pour le spectateur. »

Même discours chez Arnau Ayats, qui relativise :

« Ça arrive dans tous les sports. En football, il y a des milliers de nationalisations. Comme on a été les premiers en padel, ça a surpris. La prochaine fois, beaucoup moins. »

Espanols naturalisés Emirats

Derrière ces choix, une réalité simple : aux Émirats, ces joueurs ont un rôle, une place et une véritable perspective internationale. Sportivement, la stratégie fonctionne : l’équipe nationale émiratie progresse, gagne en crédibilité et s’installe comme une sélection capable de bousculer l’ordre établi.

Sans détrôner l’Espagne ou l’Argentine, piliers historiques du padel mondial, Dubaï est en train de s’imposer comme un nouveau point d’équilibre : une base de vie et d’entraînement, pensée pour des carrières de plus en plus structurées.

La question n’est donc plus de savoir si les joueurs vont continuer à s’exiler… mais jusqu’où ce déplacement du centre de gravité va redessiner le padel de demain.