S’il y a une marque qui inspire le respect sur le circuit, c’est bien Black Crown. Loin des paillettes et du marketing criard, la firme catalane a bâti sa légende sur une promesse simple : des raquettes increvables, une jouabilité hors norme et ce “toucher” unique qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Pour 2026, la marque ne se contente pas de dépoussiérer ses classiques : elle segmente son offre pour satisfaire tout le monde.
Pas de feux d’artifice, pas de promesses creuses. Juste des technologies éprouvées et une philosophie de jeu ancrée dans le concret.
La collection propose une hiérarchie limpide, balayant tout le spectre du jeu, du contrôle absolu à la puissance la plus décomplexée. Place à mon verdict après avoir sérieusement malmené ces pépites sur la piste.

Piton 14 : le sacre éternel du contrôle

On ne peut pas parler de Black Crown sans rendre hommage à l’icône, la Piton. Cette version 14 est un véritable chef-d’œuvre de contrôle qui incarne l’ADN pur de la marque. Dès la première frappe, le message est limpide : la maniabilité est reine, même si pour une forme ronde, j’aurais personnellement apprécié un point d’équilibre encore un poil plus bas, bien ancré dans le manche.

La surface en carbone 3K offre ce toucher ferme et rassurant que les puristes recherchent, subtilement tempéré par la technologie Low Density Piton Glass, deux couches de fibre de verre qui apportent une dose de confort supplémentaire sans sacrifier la précision. Le noyau SC Black EVA joue les chefs d’orchestre entre défense et attaque : ni trop mou, ni trop rigide, juste ce qu’il faut pour enchaîner les transitions sans jamais perdre le fil de l’échange.

Le cadre Aero Carbon, lui, apporte une rigidité structurelle qui se sent dans chaque échange : pas de flexion parasite, pas d’énergie perdue, tandis que la couche Unicarbon, une fibre de carbone unidirectionnelle, complémentaire du 3K, affine encore la sensation de précision en rigidifiant la raquette dans l’axe de frappe.

La finition rugueuse Sandspind accroche la balle nettement, permettant des viboras qui giclent littéralement après le rebond.

Côté look, la Piton 14 joue la carte de la sobriété élégante, fidèle à l’ADN “classic” de la gamme. Un fond noir profond laisse transparaître la texture du carbone 3K, surplombé par l’emblématique couronne de la marque tracée avec des contours gris argentés très nets. Le bas de la raquette et le pont adoptent une finition gris perle brillante qui apporte une touche de lumière à l’ensemble. Le détail subtil qui tue ? Le logo “Piton 14” en brun vif, qui vient casser ce duo gris-noir pour donner un côté plus agressif et résolument moderne.

C’est l’arme fatale du stratège, celui qui gère le rythme comme une partie d’échecs. La Piton 14 est un outil de précision pure : elle est faite pour celui qui construit son point avec patience, balade ses adversaires au millimètre et finit par une volée placée dont il a le secret. Si elle perd légèrement ce punch sec caractéristique de la lignée Piton, elle reste avant tout le choix de la maîtrise absolue.
Statut : L’équilibre iconique (50 % Puissance / 50 % Contrôle).

Gladius : l’équilibre parfait du métronome

La Gladius standard est, à mon sens, le cœur battant de cette collection 2026. Là où sa grande sœur la Gladius Forze pousse le curseur vers la puissance pure, la Gladius choisit une voie plus universelle pour la majorité des joueurs.

Sa forme hybride lui confère une maniabilité redoutable, solidement épaulée par le châssis Aero Carbon qui assure une excellente résistance aux impacts et une vraie longévité.
Le noyau Black EVA Medium est la véritable clé de voûte de ce modèle : ni trop sec, ni trop souple, il délivre une sensation intermédiaire parfaitement équilibré qui ménage le bras tout en garantissant une sortie de balle très propre.
Cerise sur le gâteau : la zone de frappe optimale est assez large qu’elle pardonne les centrages approximatifs, vous redonnant immédiatement confiance dès les premières balles.

L’alliance de l’AluCarbon 18K et de l’UniCarbon garantit une réactivité franche et une durabilité exemplaire, le tout magnifié par le système Gladius Core Balance qui peaufine la maniabilité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est bluffant : la raquette se ferait presque oublier tant la répartition des masses est réussie. Ce sentiment d’agilité est d’ailleurs renforcé par les ouvertures latérales profilées sur le pont, juste au-dessus du manche. Ce design aérodynamique offre une bien meilleure pénétration dans l’air offrant un swing plus fluide et une réactivité décuplée, surtout sur les volées réflexes.

Enfin, la finition 5D ExtraSpin apporte la touche finale : un motif en nid d’abeille très léger qui, s’il n’est pas révolutionnaire côté ‘gratte’, offre un cachet visuel indéniable au tamis.

Côté design, la Gladius rompt avec la sobriété classique pour un look bien plus dynamique et brillant. La raquette impose son style avec un bleu cobalt profond sur le cadre, qui vient entourer un tamis où le tressage du 18 K AluCarbon est bien visible sous forme de reflets en damier. L’imposante couronne orange vif apporte un vrai coup de peps visuel, soulignée par la texture rugueuse Extra Spin très apparente sur les faces. C’est une pala qui dégage une énergie incroyable et qui ne passera pas inaperçue entre vos mains.

En résumé, c’est la référence idéale pour ceux qui veulent de la douceur et du confort dans chaque phase de jeu. La Gladius excelle par sa capacité à rendre le padel plus simple : elle fluidifie vos transitions défense-attaque sans jamais vous trahir, et brille par sa tolérance, que ce soit sur une vibora travaillée ou une sortie de vitre un peu tardive.
C’est la raquette qui vous accompagne fidèlement sans jamais vous fatiguer le bras, même après trois sets intenses.
Statut : La reine de la fluidité (45 % Puissance / 55 % Contrôle).

Gladius Forze : moteur, action

On change radicalement de registre avec la Gladius Forze, la version nerveuse et sans compromis de la série, destinée à ceux qui aiment dicter le tempo et imposer leur loi sur la piste. Là où la Gladius standard joue la carte de l’universalité, la Forze assume pleinement son caractère offensif et elle le revendique dès la première frappe.

Le nom ne doit rien au hasard. “Gladius” fait référence au célèbre glaive romain, l’instrument de prédilection des gladiateurs : une épée courte, vive, pensée pour le combat rapproché et la précision. En y ajoutant l’extension “Forze”, Black Crown change la nature de l’arme. Si la gladius classique est l’épée du stratège, la gladius Forze, c’est le coup de grâce : l’arme de celui qui entre dans l’arène pour plier le match avec autorité. Ce nom colle parfaitement au design rouge volcanique de la raquette, qui évoque la puissance de la forge là où le fer rouge est frappé pour devenir une arme redoutable.

Parlons technologies : le combo Alucarbon 18 K / 3 K constitue le socle de cette rigidité caractéristique. La structure est franche, réactive, explosive. Elle ne ment pas et elle ne pardonne pas non plus : le moindre décentrage se ressent immédiatement. Mais c’est le noyau Black EVA Hard qui fait toute la différence avec sa grande sœur : cette sensation plus sèche et plus énergique est exactement ce que recherche le joueur offensif qui veut sentir chaque balle comme une information précise.

Le système Gladius Core Balance, qui optimise l’équilibre général et limite la torsion de la pala, veille à stabiliser l’ensemble. Tout comme sur la Gladius classique, ce dispositif apporte ce petit plus qui change la donne dès les premiers échanges. On sent immédiatement que le travail sur la distribution du poids est un modèle du genre : cette gestion des masses est une véritable prouesse technique qui permet d’allier une stabilité sans faille à une agilité semblant presque défier les lois de la physique.

Côté design, la Gladius Forze assume pleinement son tempérament avec un rouge volcanique intense sur tout le cadre et le tamis. Le tressage du 18 K AluCarbon est magnifiquement mis en valeur par un effet de damier profond sous la surface, tandis que l’imposante couronne dorée qui trône au centre accentue l’aspect royal et puissant de cette version. Des touches d’or sur le pont viennent peaufiner ce design audacieux : une pala faite pour ceux qui aiment le chic et le choc.

C’est l’outil parfait pour le jeu vertical et les joueurs de transition qui cherchent un impact pur, sans effet parasite ni sensation de “trampoline”. Une raquette de compétiteur pur jus, qui exige une technique irréprochable pour révéler tout son potentiel agressif. Puissance 60 %, contrôle 40 % : la répartition est claire, l’intention aussi.

Les deux Gladius version 2026 marquent des points avec une dragonne molletonnée ultra-confortable et une longueur de manche enfin généreuse. La Piton 14, quant à elle, semble un peu figée dans le temps : elle conserve une dragonne classique, ce qui détonne un peu pour une pala de ce standing. Son manche plus court pourra également dérouter, même si l’on sait que ce format compact fait partie intégrante de l’ADN “contrôle” de la Piton depuis ses débuts.

En jeu : ce que les chiffres ne disent pas

Après plusieurs semaines à les pousser dans leurs retranchements, voici ce que la piste révèle vraiment sur ces trois raquettes.

La Piton 14 déjoue tous les préjugés liés à sa forme ronde. Ne vous fiez pas à son profil de raquette de “contrôle” : au-dessus de l’épaule, elle rappelle instantanément son ADN de compétitrice. Ce n’est pas un canon à puissance brute, mais une arme de précision capable de délivrer une véritable estocade dès que le point est mûr. On finit les échanges avec une autorité qu’on n’attendrait pas forcément d’un moule circulaire. Sur le reste du terrain, c’est la reine absolue du plateau. Son équilibre est bien calibré, parfait pour manœuvrer dans les espaces réduits, sortir des balles impossibles au ras de la moquette ou placer des lobs croisés pour reprendre la main. Sa zone de frappe généreuse pardonne les petites imprécisions, et son poids parfaitement contenu permet de jouer des heures sans jamais fatiguer le bras.

Mon verdict : la Piton 14, c’est une alliance de douceur et de caractère. Cette version m’a semblé sensiblement plus souple que les générations précédentes là où l’ancienne Piton cultivait ce côté rigide et “sec” qui plaisait tant aux puristes, la 14 adopte un toucher plus enveloppant et progressif. Certains regretteront peut-être ce léger écart avec la tradition, mais les joueurs en progression y trouveront une alliée précieuse. Elle offre des sensations de contrôle très haut de gamme sans jamais brutaliser le jeu, tout en restant une vraie menace dès que vous décidez d’accélérer.

La Gladius joue la carte de la force tranquille. Grâce à son noyau Medium EVA Black, l’impact est moins sec qu’avec sa grande sœur la Forze, mais tout aussi gratifiant. C’est l’arme de construction massive : elle permet de placer ses volées avec une sécurité totale et de travailler ses smashs avec un excellent mix entre vitesse et contrôle. On ne cherche pas le chaos, on cherche la faille et le duo gomme / fibre de carbones’occupe d’apporter la précision nécessaire pour piquer là où ça fait mal. Elle se montre aussi particulièrement complaisante quand le jeu se corse. Là où la Forze exige un engagement de tous les instants, la Gladius classique est beaucoup plus pardonnante : si vous êtes un peu en retard ou que vous défendez du bout du bras, sa sortie de balle plus souple aide à retrouver de la profondeur dans les lobs et les remises en jeu.

Mon verdict : la Gladius confirme sur le terrain ce que sa fiche technique annonçait. Ni trop rigide, ni trop souple, c’est la plus polyvalente des trois. Les joueurs qui alternent entre fond de court et montées au filet se sentiront immédiatement à l’aise. C’est aussi celle qui rassure le plus vite, dès les premières frappes une qualité précieuse en compétition quand on n’a pas le temps de se chercher.

La Gladius Forze, elle, est clairement la plus puissante du trio. Les impacts bien centrés, pris avec engagement, produisent des frappes d’une lourdeur réellement impressionnante. Rigide, nerveuse et d’une précision diabolique, c’est une pure pala offensive taillée pour l’estocade. Grâce au combo 18K AluCarbon et gomme dure, la puissance est immédiate, sèche et sans filtre : on ne subit jamais le poids de la balle, on l’écrase avec une autorité naturelle. Cette exigence a évidemment un revers : elle demande un engagement total du corps. Un bras passif, et la balle mourra dans la raquette. Mais dès qu’on reprend l’initiative et qu’on monte au filet, elle se transforme en véritable scalpel. Les volées de pression sont nettes, précises, et rasent la moquette avec une efficacité chirurgicale. Elle ne sera pas forcément la meilleure amie des joueurs encore en progression : elle réclame de la régularité, de la vitesse de bras, et une lecture du jeu suffisamment avancée pour en exploiter tout le potentiel.

À suivre dans la partie 2…

Ces trois premières raquettes posent les fondations d’une collection 2026 déjà très convaincante. Black Crown prouve une fois de plus qu’elle sait parler à tous les profils du joueur débutant jusqu’au compétiteur aguerri sans jamais sacrifier l’identité de sa marque sur l’autel du marketing.

Dans la deuxième partie, on ira explorer le versant le plus offensif et technologique de la gamme, avec la Special Max, la Special Elite et la Patron Kore, trois raquettes qui ont chacune quelque chose à prouver, et qui ne déçoivent pas.

Spoiler : la patronne Kore mérite à elle seule un article entier. Mais ça, c’est pour la suite.

Stéphane Penso

Fan de padel, Stéphane est devenu le testeur officiel de la planète padel en Europe. Tout passe par ses mains expertes. Grâce à sa grande expérience dans le monde de la raquette, il est capable de vous scanner le matos de la tête aux pieds !