Le padel continue de se développer en France, mais les habitudes des pratiquants évoluent. Entre contraintes budgétaires, recherche de nouvelles expériences et nécessité de fidéliser les joueurs, les clubs doivent adapter leur modèle économique.

À Coulounieix-Chamiers, près de Périgueux, Anne-Lucile et Stéphane Guine, gérants de La Bandeja, défendent depuis l’ouverture du complexe en 2023 un modèle associant padel, restauration, entreprises, bien-être et activités complémentaires.

Ils reviennent pour Padel Magazine sur les défis économiques des clubs, leur politique d’accessibilité, leurs ambitions sportives et le lancement de la Ligue ALM Intérim, un championnat ouvert à tous les niveaux.

« Certains joueurs sont passés de quatre séances à deux par semaine »

Padel Magazine : Le padel connaît une croissance importante en France. Pourtant, observez-vous une évolution dans les habitudes de consommation des joueurs ?

Anne-Lucile et Stéphane Guine : Oui, et nous pensons qu’il est essentiel de savoir observer ces évolutions avec lucidité.

À La Bandeja, nous constatons que certains joueurs, pourtant très attachés à notre club, ont réduit leur fréquence de jeu.

Un joueur qui venait quatre fois par semaine peut aujourd’hui ne venir que deux fois. Cela ne signifie pas qu’il aime moins le padel. Cela traduit davantage, selon nous, les arbitrages budgétaires que chacun doit effectuer dans le contexte économique actuel.

Le padel reste un sport extrêmement attractif, mais sa pratique régulière représente un budget. Pour les exploitants, cette évolution doit être un signal de réflexion.

Nous ne pouvons pas uniquement proposer des pistes à la réservation. Nous devons créer de la valeur autour de la pratique sportive, avec de nouveaux services et de nouvelles expériences.

« Nous ne voulions pas simplement créer un club de padel »

La Bandeja a été conçue dès l’origine comme un lieu de vie multiservices. Était-ce une manière d’anticiper ces évolutions économiques ?

Absolument. Lorsque nous avons imaginé La Bandeja, nous avions une conviction : une structure sportive devait pouvoir s’appuyer sur plusieurs activités complémentaires pour construire un modèle économique durable.

Nous voulions créer un véritable lieu de vie autour de quatre univers : le sport, le travail, le plaisir et le partage.

Aujourd’hui, nous associons le padel, le golf sur simulateur, une brasserie, des espaces de séminaires, un concept store et des activités de bien-être.

Un joueur peut prolonger sa partie autour d’un déjeuner. Une entreprise peut organiser un séminaire puis proposer une activité sportive à ses collaborateurs. Un client venu pour la restauration peut découvrir le padel.

Cette complémentarité constitue l’ADN de La Bandeja. Elle a été pensée dès le départ, et non en réaction aux difficultés économiques.

Bien sûr, la diversification demande davantage d’investissements, d’organisation et de compétences. Mais elle permet également de multiplier les occasions de rencontre avec les clients.

Nous avons d’ailleurs structuré notre concept autour d’une marque avec une ambition de développement en franchise.

Anne-Lucile et Stéphane Guine (La Bandeja) : « L’avenir des clubs ne se jouera pas uniquement sur les pistes »

« La Nationale 1 représente un investissement important »

La Bandeja possède également une équipe évoluant en Nationale 1. Comment conciliez-vous ambitions sportives et réalité économique ?

C’est un équilibre qui demande beaucoup de réflexion et de rigueur.

Nous sommes particulièrement fiers de notre équipe de Nationale 1, qui évolue parmi les meilleures formations françaises.

Mais le haut niveau représente aussi un investissement important. Les déplacements, les hébergements, la logistique et l’accompagnement des équipes nécessitent des moyens conséquents.

Les clubs doivent apprendre à concilier leurs ambitions sportives avec une gestion responsable.

Nous pensons que le développement du padel de haut niveau doit également s’appuyer sur des partenariats solides avec les entreprises.

Un partenariat ne doit pas se limiter à un soutien financier. Il doit apporter de la visibilité, créer une relation durable et permettre de construire un projet commun.

L’ambition sportive et la responsabilité économique ne doivent pas s’opposer.

« Un tarif juste pour les joueurs, les enseignants et les clubs »

Vous défendez une pratique du padel accessible au plus grand nombre. Comment cela se traduit-il concrètement ?

L’accessibilité ne concerne pas uniquement le prix de location d’une piste. Elle concerne aussi l’enseignement, l’accompagnement sportif, les animations et les compétitions.

Nous sommes très attachés à la notion de tarif juste.

Un tarif juste pour le joueur, qui doit pouvoir pratiquer régulièrement. Pour l’enseignant, dont les compétences doivent être reconnues et rémunérées. Et pour la structure, qui assume les investissements et les charges d’exploitation.

Certains modèles tarifaires dans l’enseignement indépendant peuvent soulever des interrogations. Nous ne remettons absolument pas en cause les compétences des coachs indépendants.

Mais nous pensons qu’il faut réfléchir à des organisations permettant de mieux équilibrer les intérêts de chacun.

L’accessibilité ne doit pas se faire au détriment de la qualité. Et la qualité ne doit pas nécessairement être synonyme de prix élevés.

Un coach argentin salarié et une association intégrée au projet

C’est dans cette logique que vous avez recruté un coach argentin salarié et intégré une association sportive à votre structure privée ?

Exactement. Nous avons recruté Álvaro Audisio, un jeune coach argentin, pour renforcer notre équipe en tant que salarié.

Nous souhaitons proposer un enseignement structuré, un accompagnement régulier et une continuité pédagogique, du débutant au compétiteur.

En parallèle, nous avons intégré l’AS La Bandeja, notre association sportive, au fonctionnement de l’établissement.

La structure privée apporte les infrastructures, les équipements et l’organisation. L’association contribue au développement de la pratique, à la vie collective et à l’accessibilité.

Notre objectif est de permettre au plus grand nombre de bénéficier de conditions sportives premium à des tarifs plus doux.

Nous sommes convaincus que les modèles associatif et privé peuvent être complémentaires.

La Ligue ALM Intérim : un championnat avec handicap ouvert à tous

Vous lancez la Ligue ALM Intérim, un championnat accessible à tous les niveaux. Comment cette idée est-elle née ?

L’idée est venue de notre directeur, Alexis, qui souhaitait imaginer une nouvelle formule de championnat.

Alexis et Stéphane ont travaillé à sa concrétisation. Stéphane a notamment proposé de s’inspirer du golf en introduisant un système de handicap permettant de rééquilibrer les rencontres entre joueurs de niveaux différents.

Nous avons beaucoup de pratiquants qui aiment le padel, mais qui ne participent jamais aux tournois. Certains pensent qu’ils n’ont pas le niveau, d’autres n’ont pas de licence ou ne recherchent pas la compétition officielle.

Pourquoi faudrait-il être un compétiteur confirmé pour vivre l’expérience d’un championnat ?

La Ligue ALM Intérim est née de cette volonté d’ouvrir la compétition au plus grand nombre.

Pendant six mois, 12 à 16 paires participent à un championnat sans obligation de licence FFT ni de classement officiel.

Chaque paire rencontre les autres une fois. Les joueurs organisent librement leurs matchs selon leurs disponibilités, à raison d’environ une rencontre tous les quinze jours.

Chaque rencontre permet de cumuler des points et d’évoluer au classement. Une défaite ne signifie pas une élimination.

L’inscription coûte 25 € par personne pour six mois, avec la journée des phases finales incluse. Les matchs sont facturés au tarif habituel de location des pistes.

Notre partenaire ALM Intérim accompagne cette première édition avec 600 € de récompenses.

Notre ambition n’est pas de remplacer les tournois traditionnels, mais de proposer une autre manière de vivre la compétition.

Il n’est pas nécessaire d’être un champion pour participer à un championnat !

« Nous voulons mesurer les résultats de cette nouvelle formule »

Quels résultats attendez-vous de ce championnat ?

Nous poursuivons deux objectifs : fidéliser nos joueurs actuels en leur proposant une nouvelle dynamique sportive et attirer des pratiquants qui ne se reconnaissent pas dans les formats traditionnels.

Nous voulons créer des rendez-vous réguliers, encourager les rencontres et renforcer le sentiment d’appartenance au club.

Mais nous souhaitons également mesurer concrètement les résultats : combien de nouveaux joueurs aurons-nous attirés ? Les participants joueront-ils plus régulièrement ? Le championnat permettra-t-il de les fidéliser ?

Nous serons attentifs à l’organisation, au respect du calendrier, à la motivation des participants pendant six mois et à l’équilibre du système de handicap.

Une innovation doit être attractive, mais également viable et reproductible.

Cette première édition doit nous permettre d’apprendre, de recueillir les retours des joueurs et d’ajuster le concept.

« L’avenir du padel ne se jouera pas uniquement sur les pistes »

Plus largement, comment imaginez-vous l’avenir des clubs de padel dans un environnement économique de plus en plus exigeant ?

Nous pensons que nous entrons dans une nouvelle phase de développement du padel.

Après une période marquée par l’essor des infrastructures, les clubs doivent réfléchir à la manière de construire une relation durable avec leurs joueurs.

Nous ne pouvons pas uniquement raisonner en nombre de pistes ou en heures de réservation.

Il faut réfléchir à la valeur apportée aux clients : un accueil de qualité, un accompagnement sportif, des offres accessibles, des animations et une véritable expérience.

Nous croyons profondément à la notion de communauté.

Un joueur qui vient uniquement louer une piste peut demain choisir un autre établissement. En revanche, un joueur qui se sent bien dans son club, qui retrouve ses amis, progresse avec son coach et participe à la vie de la structure développe un attachement différent.

Les dirigeants doivent accepter de remettre régulièrement leur modèle en question. Le contexte économique évolue, les habitudes de consommation changent et nous devons nous adapter.

À La Bandeja, nous avons construit notre établissement autour d’une conviction : le sport est un formidable point de départ pour créer du lien et de nouvelles expériences.

L’avenir du padel ne se jouera pas uniquement sur les pistes, mais aussi dans la capacité des clubs à rendre ce sport accessible, à fédérer leurs joueurs et à construire un modèle économique durable.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.