Le Basque Andoni Bardasco n’a que 30 ans, mais il a dû arrêter sa carrière de joueur professionnel il y a plusieurs années déjà, après avoir été 25e joueur mondial. En cause, une accumulation de blessures qu’il a désespérément tenté de surmonter, mais qui ont fini par avoir raison de ses rêves d’enfant, auxquels est consacré le premier volet de ce portrait.
Celui qui est désormais reconverti dans l’enseignement et l’organisation de stages avec la société Padel Stuff nous raconte ces sombres années et la manière dont les blessures sont souvent le lot des joueurs pros.
► A Madrid, il s’entraîne avec Mieres et Lima
« Quand j’ai eu 19 ans, je suis allé à Madrid pour continuer à apprendre, à m’entraîner et pouvoir poursuivre ma carrière. Je me remettais de ma première blessure au dos, je terminais une année sur le circuit professionnel. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de plus de rythme dans les entraînements et d’une meilleure connaissance de la tactique pour pouvoir jouer au niveau pro. Nous avions un bon niveau, nous étions les meilleurs du Pays Basque, mais au-delà des huitièmes de finale, ça ne suffisait pas face aux joueurs qui étaient sur le circuit pro.
Mes premiers partenaires d’entraînement ont été Juani Mieres et Pablo Lima, qui formaient à cette époque la paire n°2 du circuit. J’ai aussi intégré une équipe de préparation physique, si bien que mes entraînements sont devenus professionnels. C’est là que j’ai découvert comment s’entraînait un joueur pro et à quel rythme ça se faisait, à raison de cinq ou six heures par jour. Le jeu allait très très vite : au niveau mental, il fallait aller très vite aussi pour prendre une décision car la balle suivante arrivait immédiatement.
A l’époque où je suis venu à Madrid, les entraînements n’étaient pas organisés comme aujourd’hui, où il y a de grandes académies très préparées pour prendre en charge les futurs pros au sein de groupes. Pour moi, il a fallu trouver un entraîneur privé et arriver à un accord avec lui, c’était plus compliqué qu’aujourd’hui où tout est prévu et normalisé. »
► Trop mal pour serrer la main de ses adversaires
« Grâce à ces entraînements, j’ai atteint en 2014 mon meilleur classement, la 25e place, quand j’avais 21 ans. Et c’est à ce moment-là que j’ai eu la pire blessure que je pouvais avoir. J’ai commencé à avoir mal au poignet. J’ai continué à jouer, mais j’avais de plus en plus mal. Je consultais des médecins mais personne ne trouvait rien. Je faisais de temps en temps une infiltration pour soulager la douleur et pouvoir continuer à jouer mais c’était un handicap important d’avoir aussi mal. J’ai quand même joué pendant une année entière avec ces douleurs. En 2015, j’étais encore à mon meilleur classement une bonne partie de l’année, mais je ne pouvais même pas serrer la main de mes adversaires ou des gens que je rencontrais. Je disais “Bonjour, je m’appelle Andoni”, mais j’essayais de ne pas serrer la main parce que je ne pouvais pas.
A ce moment, je me suis arrêté pendant quelques mois pour voir si ça passait, personne n’a rien trouvé alors j’ai recommencé à jouer et j’ai eu de nouveau mal. Donc je me suis fait opérer « à l’aveugle », c’est-à-dire que le chirurgien ne savait pas à l’avance ce qu’il allait trouver. Je me suis réveillé avec un plâtre autour de la main, un clou dans le poignet et une longue récupération nécessaire. »
► Après le poignet, les deux hanches
« Je me suis beaucoup forcé, j’ai réussi à rejouer mais pas à 100% car mon poignet n’a plus jamais été le même. Lorsque j’ai recommencé à jouer, j’ai fait une année pas trop mal, en jouant les pré-qualifs avec un Portugais, Diego Rocha, et nous avons fini parmi les 60 premiers, ce qui était inespéré pour moi car je me sentais vraiment très mal en début de saison.
Mais j’avais un handicap, j’avais mal à la main, je n’étais pas à l’aise en jouant. Malgré ça, en fin d’année, j’avais retrouvé un niveau acceptable, j’avais l’impression de voir un peu la fin du tunnel. Mais à ce moment-là, j’ai commencé à avoir des problèmes de hanches. J’avais très mal, j’ai dû me faire opérer d’abord de la hanche droite puis de la gauche. Je me suis dit alors que ça faisait trop de handicaps… »

► Avec la douleur, le plaisir de jouer s’envole
« Dans ces conditions, il n’y a aucun plaisir à jouer, chaque jour d’entraînement devient une punition et c’est très dur. Tu le fais car après la blessure, tu te souviens encore du plaisir que tu prenais à jouer avant, donc tu fais l’effort, tu acceptes de souffrir pendant un mois, deux mois puis six mois et même douze mois. Tu espères que le plaisir va revenir, mais quand tu ne te souviens plus du dernier match que tu as joué sans douleur, ça devient très dur de continuer.
Je pense que jouer ainsi, ce n’est pas l’esprit du sport : il n’est pas possible de faire une carrière professionnelle dans ces conditions. Au-delà du sport, il y a une vie, il y a une famille. J’adore par exemple accompagner ma fille à l’école. C’est une chose de ne pas pouvoir jouer, c’en est une autre de ne pas pouvoir aller au parc avec ta fille parce que tu as mal. »
► A 30 ans, encore des douleurs tous les jours
« Aujourd’hui encore, j’ai des douleurs tous les jours, mais c’est devenu supportable. Mais quand tu as des douleurs insupportables, tu ne peux pas faire une balade parce que tu boîtes, tu ne dors pas bien parce que tu as mal, tu es de mauvaise humeur parce que tu n’as pas dormi. Quand tu vas voir un match de basket – j’adore la NBA – tu ne regardes pas le match parce que tu as mal partout. Quand c’est comme ça, tu ne vis pas : c’est une chose que j’ai voulu laisser derrière moi.
Mon corps n’était peut-être pas fait pour supporter autant de sport, faire cinq ou six heures de sport par jour – ce qui est la moyenne dans une discipline comme la nôtre. Je n’ai rien fait qui ne soit pas normal pour un sportif de haut niveau, mais malgré cela, mon corps n’a pas tenu. »

► Une fin de carrière dès 25 ans
« Quand je me suis fait opérer des deux hanches, mon idée, c’était de revenir et de rejouer. Une partie de ma rééducation consistait à revenir sur le terrain, d’ailleurs. Mais la vérité c’est que j’avais toujours des douleurs au poignet, aux deux hanches, j’avais aussi des douleurs dans le dos, car quand on ne marche pas bien, on compense et ça se répercute dans le dos… Quand tu as autant de douleurs, tu ne peux pas être compétitif. Tu perds du niveau et tu ne peux plus gagner correctement ta vie. Le processus a pris du temps, mais je devais avoir 25 ou 26 ans quand j’ai complètement arrêté. »
► Son avis sur le circuit pro actuel : « Je trouve ça monstrueux de jouer autant »
« Je pense que jouer 35 ou 40 tournois dans une saison n’est pas bon pour la santé. J’espère que les problèmes vont se régler et qu’on trouvera un arrangement qui convienne à tout le monde, à la fois aux joueurs, aux organisateurs des circuits, aux marques…
Andoni Bardasco
Quand je vois ça, j’ai mal rien qu’à l’idée que les joueurs doivent jouer autant dans une saison : je trouve ça monstrueux. C’est non seulement mauvais pour les joueurs les plus âgés – même si Bela, qui a 43 ans, connaît bien son corps et ses limites – mais aussi pour les jeunes joueurs de 18 ou 20 ans qui ne sont pas préparés. Peut-être que leur physique leur autorise beaucoup à cet âge-là, mais sur le long terme, c’est dangereux : les excès que tu fais à 20 ans, tu risques de les payer à 30 ans ou 40 ans. Je ne suis pas médecin, mais je pense que c’est dangereux pour les corps des joueurs. »
► Comment expliquer la longévité de Bela ou Federer ?
« Il y a une part de chance, c’est vrai, mais cette chance, il faut aller la chercher. Bela, par exemple, a travaillé énormément. Je pense que Federer aussi, même si je n’ai pas la chance de le connaître. Lebron James vient de battre le record de points à 38 ans et il est dans un état physique incroyable. Ce sont des sportifs qui se sont donnés à fond, c’est une chose admirable. Mais c’est vrai qu’il faut avoir un peu de chance, une génétique favorable et un suivi médical adapté.
Andoni Bardasco
Si je prends l’exemple d’Andy Murray, son corps n’a pas tenu alors qu’il avait un talent monstrueux, il jouait de manière incroyable. Il a tout donné dans sa carrière, il a eu les meilleurs préparateurs physiques mais sa hanche n’a pas tenu. Il a sûrement commencé à avoir des problèmes des années avant de devoir se faire opérer, cela a affecté ses résultats. Il a dû jouer et tenir pendant 3, 4 ou 5 ans avec des douleurs de moins en moins supportables. Sans cela, il aurait peut-être gagné autant ou plus de Grand Chelem que Djokovic, on ne le saura jamais… »
Dans le prochain épisode de ce portrait, Andoni nous parlera de sa reconversion dans l’enseignement du padel, chez lui à Bilbao.
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Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.
























































































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