Ancien 25e joueur mondial à l’époque du World Padel Tour, aujourd’hui fondateur de Padel Stuff à Bilbao, Andoni Bardasco livre une analyse dense de l’actualité du padel mondial. Des Finals de Barcelone à la hiérarchie entre Tapia, Coello et Galán, en passant par le phénomène des séparations de paires et la formation des joueurs amateurs, l’Espagnol développe une vision construite par l’expérience et le long terme.
Finals de Barcelone : un titre logique, dans des conditions très particulières
La victoire de Coello / Tapia aux Finals de Barcelone a marqué la fin de saison. Un titre attendu, mais qui n’avait rien d’évident selon Andoni Bardasco.
« Il n’y a qu’un seul Master Final par an. C’est en fin de saison, après énormément de tournois, énormément de matchs. Physiquement, c’est très exigeant. »
Il insiste également sur les conditions de jeu spécifiques de Barcelone en hiver :
« Même si c’est l’Espagne, on ressent l’hiver. Barcelone est très humide, la balle est plus lourde en fin d’année. Ce n’est pas du tout la même chose qu’en juillet ou en août. »
Un contexte qui, certaines années, ne favorise pas toujours les mêmes équipes :
« Dans les Master Finals précédents, les conditions ne leur avaient pas forcément été favorables. Cette fois-ci, ils se sont bien adaptés. »
Galán, Tapia, Coello : la fausse question du “meilleur joueur du monde”
La question revient régulièrement : Alejandro Galán est-il aujourd’hui le meilleur joueur du monde, malgré la domination au classement de Tapia / Coello ? Pour Bardasco, le débat est mal posé.
« Le padel est un sport d’équipe. Je ne le vois pas comme Galán contre Tapia ou Coello. Il faut le voir comme une équipe. »
Il prend une comparaison parlante :
« Regarde Mbappé au Real Madrid. La première année, ils n’ont rien gagné. Pourtant, personne ne doute de son niveau. »
Selon lui, la différence se fait dans la construction collective :
« Les matchs professionnels se jouent à des détails. Et ces détails se construisent avec le temps, avec le feeling, avec la compréhension mutuelle. »
Sur Tapia / Coello, son analyse est sans ambiguïté :
« On ne peut pas dire que Tapia et Coello ne sont pas la meilleure équipe. Ils ont construit quelque chose de spécial. »
« Tapia, c’est un génie. La qualité de balle qu’il propose est incroyable, mais ça ne se voit pas forcément de l’extérieur. Le publique regarde trop la balle qui sort par la porte et ne donne pas assez de valeur à la qualité des balles neutres. »
« Et Coello, c’est un monstre physique. Il occupe le terrain, il explose la balle, il impose une présence énorme. »
Galán, un joueur “insupportable” à affronter
S’il refuse de trancher officiellement, Bardasco ne cache pas son admiration pour Alejandro Galán, qu’il a affronté par le passé.
« Jouer contre Galán, c’est insupportable. Vraiment insupportable. »
« Il a une vitesse de balle incroyable, une vitesse de tête largement au-dessus de la moyenne. »
« Physiquement, il a tout : la force, l’endurance, la vitesse, la mobilité. »
Mais il insiste une nouvelle fois sur la logique collective :
« Individuellement, si tu me demandes mon joueur préféré, oui, c’est Galán. Mais la meilleure équipe aujourd’hui c’est Tapia-Coello. »
Galán, un modèle de persévérance plus que de précocité
Bardasco rappelle que Galán n’a pas été un prodige ultra-dominant chez les jeunes.
« Tous les joueurs du top mondial ont été les meilleurs de leur catégorie… sauf Galán. »
Et c’est précisément ce qui rend son parcours singulier :
« Il a continué à se battre quand il n’avait pas encore les résultats. »
« Je me souviens qu’il faisait des cours à côté pour pouvoir continuer à jouer. »
« Il s’entraînait, il travaillait, il repartait s’entraîner, puis il dormait. Et il recommençait. »
Pour Bardasco, il ne faut pas tomber dans le cliché :
« Ce n’est pas qu’il s’est entraîné plus que les autres. Tous les joueurs du top s’entraînent comme des malades. »
« Mais lui n’a jamais baissé les bras. Il a accepté de ne pas réussir au premier essai. »
Chingotto, le joueur “humain”… mais pas simple à imiter
Souvent présenté comme plus “accessible”, Fede Chingotto est, selon Bardasco, largement sous-estimé.
« Il occupe moins d’espace que Galán ou Coello. »
« Mais attention, ce qu’il fait n’est pas facile du tout. »
Il détaille ses qualités :
« Sa balle est très lourde, sa volée est d’une qualité incroyable. »
« Stratégiquement, il te place toujours au bon endroit. »
« C’est un joueur chirurgical, avec un contrôle de balle exceptionnel. »
Et met en garde les amateurs :
« Beaucoup me disent : “Chingotto, je peux l’imiter”. Non. Sa chiquita tombe à deux centimètres du filet. La tienne, elle reste un mètre au-dessus. »
Le vrai modèle pour les futurs espoirs : Coki Nieto
Pour la formation, Bardasco cite un autre nom :
« Le meilleur exemple pour beaucoup de joueurs, c’est Coki Nieto. »
Pourquoi ?
« Les gens disent : “Il ne frappe pas fort”. Mais toi, tu crois que tu frapperas un jour comme Galán ? »
« Il frappe très bien. C’est juste que les autres sont presque pas humains. »
Séparations de paires : le reflet d’une société impatiente
Le sujet des séparations fréquentes revient longuement dans l’échange. Bardasco y voit une évolution générationnelle.
« Avant, on restait ensemble au moins une saison. Aujourd’hui, on peut changer six fois de partenaire en un an. »
Et il va plus loin :
« C’est le reflet de la société actuelle. On veut tout, tout de suite. »
« Au moindre doute, on change, au lieu de construire. »
Il regrette un manque de projets à long terme :
« On est une paire top mondiale, et au lieu de travailler, on se sépare. »
« On cherche une baguette magique chez le partenaire suivant. »
Formation : les trois erreurs majeures des joueurs amateurs
Fondateur de Padel Stuff, Bardasco observe les mêmes erreurs revenir.
1. Sous-estimer la complexité du padel
« Le padel n’est pas difficile, mais il est très complexe. »
« Beaucoup pensent qu’on peut l’apprendre en deux mois. »
2. Ne pas comprendre le jeu
« Si tu ne comprends pas le padel, tu ne peux pas avoir les bons gestes. »
« La tactique a créé la technique, pas l’inverse. »
3. Oublier que c’est un sport d’équipe
« On s’en fout d’avoir un bon coup droit si on ne fait pas ce dont le partenaire a besoin. »
« Ce n’est pas deux individus, c’est une équipe. »
Apprendre le padel : pas de miracle, seulement du temps
Sur la durée d’apprentissage, Bardasco est clair :
« Je n’ai pas encore trouvé la baguette magique. »
« En une semaine, on ne peut pas apprendre à jouer au padel. »
Il donne même des chiffres :
« Une bandeja acceptable et fonctionnelle , demande entre 6 et 10 heures de travail spécifique. »
Padel Stuff 2026 : clubs partenaires, méthode et formation à distance
Pour l’avenir, Padel Stuff veut élargir son écosystème :
« Créer une famille, pas juste une académie. »
« Former des coachs, des clubs, et des joueurs avec une vraie compréhension du padel. »
Un programme en ligne est également en préparation :
« Un apprentissage tactique à distance, avec suivi vidéo, sur plusieurs mois. »
« Le padel est une chaîne. On ne peut pas maîtriser le maillon 8 sans le 1. »
Et une ambition claire :
« Créer une communauté de joueurs qui parlent le même langage du padel. »
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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