À la tête du groupe Forest Hill, Michel Corbière fait partie des entrepreneurs qui ont marqué le développement du sport et des loisirs en France. Du tennis au squash, du fitness à l’Aquaboulevard, il a traversé plusieurs décennies de transformations du secteur. Aujourd’hui, le padel occupe une place grandissante dans la stratégie de son groupe, notamment avec le développement d’importantes infrastructures en région parisienne.
Rencontré au siège historique de Forest Hill, à l’Aquaboulevard de Paris, Michel Corbière revient sur son parcours, explique pourquoi il croit au potentiel du padel et livre une analyse parfois sévère de son développement économique.
Pour lui, le succès du padel ne signifie pas que tous les projets seront rentables. Bien au contraire : la multiplication des clubs pourrait provoquer de sérieuses déconvenues dans les prochaines années.
« L’ADN de Forest Hill, c’est le loyer bas et le très bon emplacement »
Padel Magazine : Avant de parler du padel, comment est née l’aventure Forest Hill ?
Michel Corbière : Il faut remonter à une cinquantaine d’années. À l’époque, le tennis connaissait une très forte progression, mais il existait très peu d’installations couvertes en région parisienne.
Le problème était essentiellement immobilier. Un court de tennis représente environ 650 mètres carrés au sol, avec une hauteur importante. Dans Paris, cela correspond à un volume qui peut accueillir plusieurs étages d’appartements. Progressivement, de nombreux courts couverts ont donc disparu au profit de programmes immobiliers.
J’ai rapidement compris que pour développer une activité sportive viable, il fallait des installations couvertes, mais surtout un foncier financièrement accessible.
Nous avons donc construit notre développement autour de partenariats avec les municipalités, avec des baux pouvant aller de 25 à 99 ans selon les sites.
L’ADN de Forest Hill, c’est le loyer bas, mais également le très bon emplacement.
Un loyer faible dans un mauvais endroit ne sert à rien. Il faut de la population, des bureaux, des habitations, des entreprises et, si possible, des transports en commun.
Pour remplir des installations pendant 17 heures par jour, il faut des clientèles différentes, qui ne viennent pas toutes aux mêmes horaires.
Padel Magazine : Cette stratégie explique-t-elle pourquoi Forest Hill n’a pas multiplié les ouvertures ?
Michel Corbière : Absolument. Nous avons eu jusqu’à 15 ou 18 clubs, mais j’ai passé beaucoup plus de temps à refuser des projets qu’à les accepter.
Certains terrains étaient trop chers, d’autres mal situés ou insuffisamment desservis.
Il faut savoir dire non. C’est une des raisons pour lesquelles Forest Hill a traversé les décennies.
Du tennis au padel : « La clientèle est dix fois plus large »
Padel Magazine : Forest Hill a d’abord été un acteur majeur du tennis. Comment le groupe a-t-il évolué vers le padel ?
Michel Corbière : Nous avons eu jusqu’à 150 courts de tennis couverts, principalement en région parisienne. Puis le tennis a commencé à perdre progressivement de son dynamisme.
Nous avons développé le squash, puis le fitness, en utilisant les infrastructures dont nous disposions déjà : les parkings, les vestiaires, les accès et les bâtiments.
Le padel s’inscrit dans cette évolution.
Même dans un endroit comme l’Aquaboulevard, avec des conditions exceptionnelles pour jouer au tennis, nous constations une baisse de la demande.
J’ai donc décidé de transformer progressivement une partie des courts de tennis en pistes de padel, ici comme dans les autres clubs Forest Hill.
Padel Magazine : Pourtant, les courts de tennis couverts restent rares à Paris. Pourquoi privilégier le padel ?
Michel Corbière : Parce que les différences sont considérables.
Au tennis, deux personnes jouent ensemble. Elles doivent avoir un niveau relativement proche pour prendre du plaisir. Il faut trouver un partenaire, organiser son rendez-vous et disposer d’un terrain couvert pour être certain de pouvoir jouer.
Au padel, on est quatre. Les différences de niveau sont beaucoup plus acceptables. Un joueur peut compenser certaines difficultés de son partenaire.
Et surtout, les gens se parlent, rient, s’encouragent et créent des liens.
C’est une dimension sociale beaucoup plus importante.
Sur le plan économique, c’est également très différent. On peut installer environ deux pistes et demie de padel sur l’espace d’un court de tennis. Cela représente dix joueurs au lieu de deux.
La construction est relativement simple, les installations peuvent être démontées et le rendement est meilleur.
Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est le potentiel de clientèle.
Le tennis concerne une partie assez limitée de la population. Je pense que le padel peut toucher 15 à 20 % des gens.
C’est un réservoir considérable.
« Sur 50 clubs, deux gagneront très bien leur vie, 40 rameront et dix exploseront »
Padel Magazine : Le padel connaît une croissance spectaculaire en France. Est-ce que cette croissance vous inquiète ?
Michel Corbière : Je retrouve exactement certaines situations que j’ai connues dans le tennis.
Beaucoup de gens pensent qu’il suffit de trouver un terrain pas cher, de construire un entrepôt et d’installer quelques pistes de padel pour que cela fonctionne.
Mais ce n’est pas aussi simple.
Il faut un excellent emplacement, un foncier peu coûteux, différentes catégories de population autour du club et, idéalement, des transports en commun.
Sans ces éléments, il devient difficile de remplir les installations tout au long de la journée.
Je pense que nous allons vers une situation où il y aura une concentration de très bons clubs et beaucoup de mauvais.
Padel Magazine : Vous anticipez donc des fermetures ?
Michel Corbière : Oui, clairement.
Je pense qu’il y aura beaucoup trop de clubs dans certains endroits, notamment en province.
Les investisseurs développent parfois leurs projets sans savoir que d’autres structures sont en préparation à proximité.
Et tout à coup, plusieurs clubs ouvrent sur le même territoire.
On a connu cela dans l’hôtellerie, avec des établissements qui se retrouvaient en concurrence directe et finissaient par disparaître.
Le padel présente même un risque supplémentaire, parce que les installations semblent relativement faciles à construire.
Pour caricaturer, sur 50 clubs, il y en aura deux qui gagneront très bien leur vie, 40 qui rameront et dix qui exploseront.
Ce sont des ordres de grandeur destinés à illustrer le phénomène, mais je suis convaincu que nous allons connaître des difficultés importantes dans les endroits où l’offre sera devenue excessive.
« Big is beautiful » : pourquoi Forest Hill mise sur les grands clubs
Padel Magazine : Vous défendez également un modèle de clubs disposant de nombreuses pistes. Pourquoi ?
Michel Corbière : J’ai une philosophie assez simple : Big is beautiful.
Dans notre métier, être grand présente énormément d’avantages.
On amortit mieux les frais fixes, on mutualise les équipes et on peut proposer beaucoup plus d’activités.
Avec dix ou quinze pistes, on peut organiser des tournois, des événements d’entreprise, des cours particuliers, des cours collectifs et des animations.
On peut accueillir des débutants, des compétiteurs et des entreprises en même temps.
Avec deux pistes isolées, on peut jouer au padel, mais on ne peut pas développer toute cette vie autour du sport.
Or, c’est justement cette vie qui fait la force du padel.
Padel Magazine : C’est notamment ce que vous développez à Forest Hill La Défense ?
Michel Corbière : Oui. Nous avons un très grand club à La Défense, avec 12 pistes couvertes dans le projet que nous développons.
Nous sommes à proximité immédiate de la préfecture de Nanterre, dans un environnement extrêmement dense.
Cela permet d’organiser de grands tournois, de recevoir des entreprises, de proposer de l’enseignement et de développer toutes les activités autour du padel.
C’est un modèle auquel je crois énormément.
Forest Hill Marne-la-Coquette : un nouveau FIP Bronze envisagé en 2027
Padel Magazine : Forest Hill a également accueilli deux FIP Bronze à Marne-la-Coquette en 2026. Peut-on envisager un nouveau grand rendez-vous en 2027, notamment avant le Paris Major ?
Michel Corbière : Oui, c’est clairement notre intention.
Je ne peux pas confirmer définitivement l’organisation ni les dates, mais nous avons très envie de poursuivre et de développer ces événements.
Les grands tournois sont importants, mais ils ne sont pas les seuls.
Il y a aussi les événements d’entreprise, les rencontres professionnelles et tout ce qui relève du sport business.
Le padel est particulièrement adapté à ces activités parce qu’il favorise les échanges.
Nous avons également une clientèle de personnes très occupées, parfois connues, passionnées par le sport, à qui nous essayons de faciliter la pratique.
Ces personnes participent aussi à l’attractivité des clubs.
« Je préfère rater une bonne affaire que d’en faire une mauvaise »
Padel Magazine : Forest Hill prévoit-il de nouveaux clubs de padel ?
Michel Corbière : Nous regardons beaucoup de projets, mais je reste extrêmement prudent.
J’ai un principe auquel je ne veux absolument pas déroger : je préfère rater une bonne affaire que d’en faire une mauvaise.
Une mauvaise affaire coûte très cher. Elle mobilise votre énergie, vous oblige à courir après les pertes et vous empêche de développer les bonnes opérations.
C’est une double erreur.
Sur dix projets, il peut y en avoir un ou deux qui auraient très bien fonctionné. Mais si les huit autres sont mauvais, il vaut mieux rester plus petit.
Nous ne sommes donc pas dans une recherche systématique d’ouvertures.
Nous continuerons à investir si les conditions sont réunies.
« Le padel est devenu follement spectaculaire »
Padel Magazine : Vous avez grandi avec le tennis. Est-ce que vous prenez aujourd’hui du plaisir à regarder du padel professionnel ?
Michel Corbière : Oui, absolument. C’est devenu follement spectaculaire.
Ce que les joueurs arrivent à faire aujourd’hui est parfois bluffant.
Les volées, les défenses, les récupérations après les rebonds, les sorties de piste : il y a des choses remarquables.
Le padel est devenu un sport beaucoup plus télégénique qu’auparavant.
Padel Magazine : Qu’est-ce qui lui manque encore pour rivaliser avec le tennis comme spectacle ?
Michel Corbière : Je trouve qu’il y a parfois un peu moins de variété.
Certains échanges se ressemblent, avec des successions de smashs et de balles qui reviennent.
Au tennis, un ou deux smashs suffisent généralement pour terminer le point. Au padel, il en faut parfois cinq, six ou sept.
Cela peut donner une impression de répétition.
Mais sur les autres aspects du jeu, c’est réellement spectaculaire.
Et plus les spectateurs comprennent le padel, plus ils peuvent apprécier ce qu’ils voient.
« Quand on s’amuse trop vite, on peut aussi se lasser vite »
Padel Magazine : Au-delà de l’économie, voyez-vous d’autres risques pour le développement du padel ?
Michel Corbière : Oui, notamment sur le plan physique.
Le padel donne parfois l’impression d’être un jeu de plage, quelque chose de très simple et de très accessible.
Les gens commencent, s’amusent immédiatement et peuvent rapidement jouer énormément.
Mais il faut faire attention.
Si on pratique beaucoup sans préparation physique adaptée, on peut se blesser.
Je pense qu’il faut accompagner cette passion par un véritable entretien physique.
Padel Magazine : Vous insistez également beaucoup sur l’enseignement. Pourquoi ?
Michel Corbière : Parce que je pense que c’est fondamental pour l’avenir du padel.
L’un des problèmes du tennis, c’est qu’il est très difficile. Il faut beaucoup de temps avant de commencer à vraiment s’amuser.
Le padel présente l’avantage inverse : on s’amuse presque immédiatement.
Mais cet avantage peut aussi devenir un inconvénient.
Quand on s’amuse trop vite, on peut aussi se lasser vite.
Si les joueurs ne progressent pas, s’ils restent toujours au même niveau, ils peuvent finir par passer à autre chose.
C’est pour cela que nous insistons énormément sur l’enseignement, les cours collectifs, les coachs et l’accompagnement technique.
Il faut permettre aux gens de découvrir le sport, mais surtout de continuer à progresser.
Padel Magazine : Pour vous, la fidélisation passe donc par la progression ?
Michel Corbière : Exactement.
Il ne suffit pas de mettre quatre personnes sur une piste et de leur donner des raquettes.
Il faut leur apprendre à jouer, leur montrer les bons gestes, leur donner envie de s’améliorer.
C’est ce qui leur permettra de continuer à prendre du plaisir pendant des années.
Changement de décor avec la suite de cette interview sur des anecdotes croustillantes de Michel Corbières ICI.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

































































































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