Après avoir évoqué l’essor du padel, les risques de saturation du marché et la stratégie du groupe Forest Hill, Michel Corbière nous entraîne cette fois dans les coulisses de son parcours d’entrepreneur.

Rencontré au siège historique de Forest Hill, à l’Aquaboulevard de Paris, il revient sur des épisodes marquants de sa carrière : son étonnante rencontre avec Ivan Lendl, son passage à la télévision aux côtés des grandes figures du monde des affaires, l’origine inattendue de l’Aquaboulevard et cette formule qui résume son rapport au tennis : « Après avoir créé Forest Hill, je ne peux pas mourir sans savoir jouer au tennis. »

Une deuxième partie d’entretien dans laquelle le président de Forest Hill raconte une histoire qui dépasse largement les terrains de sport.

« J’aurais pu arrêter de travailler il y a trente ans »

Padel Magazine : Quand on regarde le développement de Forest Hill, du tennis au squash, puis au fitness et à l’Aquaboulevard, on a l’impression que vous n’avez jamais cessé de construire de nouveaux projets. Pourtant, vous auriez pu vous arrêter beaucoup plus tôt ?

Michel Corbière : Il y a trente ans, j’aurais effectivement pu arrêter de travailler.

Forest Hill fonctionnait très bien. En une dizaine d’années, nous avions construit un groupe avec quinze ou seize clubs. C’était une activité rentable et durable.

Je pouvais très bien m’arrêter là. Mais il y a eu l’Aquaboulevard.

C’était un projet d’une tout autre dimension. Construire des clubs de tennis ou de squash, nous savions faire. Mais l’Aquaboulevard, c’était quand même un monument.

Quand on a l’occasion de réaliser quelque chose comme cela, ça vaut la peine.

Cela m’a mobilisé pendant trente-cinq ans et m’a d’ailleurs conduit à lever un peu le pied sur le développement de Forest Hill.

Si je m’étais consacré uniquement aux clubs, j’en aurais probablement ouvert une quinzaine de plus.

« C’est sur la plage de La Baule que j’ai eu l’idée de l’Aquaboulevard »

Padel Magazine : Comment un entrepreneur historiquement spécialisé dans les sports de raquette en arrive-t-il à imaginer un parc aquatique comme l’Aquaboulevard ?

Michel Corbière : J’ai eu cette idée un jour où j’étais à La Baule.

Je regardais les gens sur la plage et je me suis amusé à faire quelques calculs.

Sur environ six kilomètres de plage, j’estimais qu’il y avait 50 000 personnes. Parmi elles, environ 5 000 étaient dans l’eau, jusqu’aux genoux. Et finalement, il n’y avait même pas 500 personnes qui nageaient réellement.

Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire à comprendre.

On avait construit des milliers de piscines en France, alors que la plupart des gens ne viennent pas au bord de l’eau pour nager.

Ils viennent pour s’amuser, pour barboter, pour être en famille, pour profiter des vagues.

Padel Magazine : C’est donc cette observation qui a inspiré l’Aquaboulevard ?

Michel Corbière : Exactement.

Je me suis dit qu’il fallait s’intéresser aux gens qui ne nagent pas, plutôt qu’uniquement à ceux qui nagent.

Avec le tennis, nous nous adressions à une toute petite partie de la population.

Avec un parc aquatique, on pouvait potentiellement intéresser presque tout le monde : les enfants, les parents, les familles et les personnes âgées.

C’est pour cela que je ne voulais pas que l’Aquaboulevard soit considéré comme une simple piscine.

C’est un parc aquatique où les gens viennent s’amuser avec l’eau.

« Je me suis retrouvé à TF1 après Bolloré, Tapie et Bouygues »

Padel Magazine : Vous avez également connu une période de forte exposition médiatique, notamment avec une émission sur TF1. Comment cela s’est-il passé ?

Michel Corbière : Il y avait une émission qui s’appelait L’Enjeu, avec une séquence consacrée à « L’Homme du mois ».

J’avais été choisi après des personnalités comme Bolloré, Tapie et Francis Bouygues.

C’était évidemment très flatteur.

Forest Hill était une entreprise beaucoup plus petite, mais nous avions réussi à construire quelque chose dans un secteur où nous n’avions pratiquement pas de concurrents.

À l’époque, passer une heure et demie sur TF1 à 21 heures, c’était considérable.

Il y avait beaucoup moins de chaînes, pas de réseaux sociaux, et une telle émission pouvait vous apporter une notoriété très importante.

Padel Magazine : Et c’est à cette occasion que vous avez tourné une séquence avec Ivan Lendl ?

Michel Corbière : Oui. Nous avions déjà un partenariat avec Ivan Lendl et l’équipe de télévision cherchait une idée pour ouvrir l’émission.

Ils m’ont proposé de tourner une petite séquence avec lui sur un court de tennis.

L’idée était assez amusante : lui était numéro un mondial sur le court, et moi, en quelque sorte, numéro un dans mon activité commerciale.

Nous sommes donc partis à Miami avec une équipe de TF1 pour tourner quelques minutes de tennis.

Ivan Lendl : « Il m’a demandé mon classement ATP avant de jouer avec moi »

Padel Magazine : Justement, comment Forest Hill s’est-il retrouvé partenaire d’Ivan Lendl ?

Michel Corbière : J’avais rencontré des personnes de son entourage à Roland-Garros.

À ce moment-là, Ivan Lendl était sixième mondial et cherchait un club de référence à Paris.

On m’a proposé un contrat pour utiliser son image pendant trois ans, avec deux années supplémentaires en option.

Nous avons signé ce partenariat à Roland-Garros, lors d’une réception où il y avait notamment Jean-Paul Belmondo.

Et puis, quelques jours après, Ivan Lendl a remporté Roland-Garros contre John McEnroe.

Nous nous sommes donc retrouvés avec un champion de cette dimension comme ambassadeur de Forest Hill.

Padel Magazine : Et cette fameuse journée de tournage à Miami, comment s’est-elle déroulée ?

Michel Corbière : C’était assez drôle.

Nous étions partis pour tourner une petite séquence de deux ou trois minutes. Pour moi, c’était avant tout un clin d’œil.

Ivan Lendl est arrivé avec son entraîneur et son entourage.

Et là, il m’a demandé quel était mon classement ATP.

Il m’a expliqué qu’il ne pouvait pas jouer avec quelqu’un sans connaître son classement.

Je lui ai répondu que cela allait être difficile de lui donner mon classement avec précision, mais que j’étais certainement au-delà de la trente-millionième place !

Cela ne l’a pas vraiment fait rire.

Padel Magazine : Il avait donc pris ce tournage très au sérieux ?

Michel Corbière : Oui, beaucoup plus sérieusement que moi !

Nous avons quand même joué et tourné notre séquence.

C’était impressionnant de se retrouver face à un joueur de ce niveau, notamment avec les effets qu’il mettait dans la balle.

Nous avons finalement réalisé ces quelques minutes qui ont servi à ouvrir l’émission de TF1.

C’est une anecdote qui m’est restée.

« J’ai pris ma retraite à 17 ans »

Padel Magazine : Vous avez également une manière assez particulière de raconter votre jeunesse et vos débuts professionnels.

Michel Corbière : Mon père est mort assez jeune, lorsque j’avais 17 ans.

Et finalement, je n’ai réellement commencé à me préoccuper de construire quelque chose que beaucoup plus tard, vers 35 ans.

Lors de l’émission sur TF1, on m’avait demandé ce que j’avais fait entre 17 et 35 ans.

C’était une question assez embarrassante !

Aujourd’hui, je répondrais avec humour que, compte tenu des incertitudes sur les retraites, j’avais décidé de prendre la mienne à 17 ans.

Et que si j’avais la chance d’en avoir une deuxième plus tard, je la prendrais également !

« Après avoir créé Forest Hill, je ne peux pas mourir sans savoir jouer au tennis »

Padel Magazine : Pour terminer, il y a une phrase que vous avez prononcée et que je voulais absolument retrouver. Vous avez créé Forest Hill, développé des dizaines d’installations sportives, travaillé avec de grands champions… mais vous aviez aussi un objectif personnel assez amusant.

Michel Corbière : Oui. Je m’étais dit : « Après avoir créé Forest Hill, je ne peux pas mourir sans savoir jouer au tennis. »

Un peu. Pas beaucoup, un peu !

Padel Magazine : Et finalement, aujourd’hui, vous jouez au tennis. Mission accomplie ?

Michel Corbière : J’y joue parce qu’il m’envoie des caviars, c’est tout !

Une dernière réplique qui résume bien cet échange avec Michel Corbière, entrepreneur qui a consacré une grande partie de sa vie au développement des installations sportives, tout en conservant une relation pleine d’humour avec le tennis.

Propos recueillis par Franck Binisti pour Padel Magazine, à l’Aquaboulevard de Paris. Entretien condensé et reformulé pour la lecture. Les anecdotes et appréciations personnelles sont rapportées selon les souvenirs de Michel Corbière.

Pour la publication sur Padel Magazine

Je privilégierais ce titre principal, plus personnel que celui du premier article :

« Michel Corbière : de son face-à-face avec Ivan Lendl à cette promesse, “Je ne peux pas mourir sans savoir jouer au tennis” »

Et j’ajouterais, en haut de l’article, un lien vers le premier volet consacré au développement du padel et aux risques de saturation des clubs.

Précision éditoriale : le passage concernant Ivan Lendl reprend les souvenirs de Michel Corbière, sans vérification historique indépendante. Les questions ont été réorganisées et certaines réponses reformulées. Pour une publication présentée comme une interview littérale, il faudra revenir aux formulations exactes de l’enregistrement.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.