Il y a des rendez-vous avec l’histoire qu’une marque aussi emblématique ne peut pas manquer. Fondée en 1933 par René Lacoste, la maison au crocodile cultive depuis près d’un siècle un lien privilégié avec les sports de raquette, mêlant élégance, innovation et exigence sportive. Alors que le padel poursuit son expansion, difficile d’imaginer que Lacoste reste éternellement à l’écart du phénomène.
Pour cette première incursion, la marque dispose d’un atout de taille : Tecnifibre, spécialiste français des sports de raquette passé sous son contrôle en 2017. Les deux entités partagent ainsi un savoir-faire complémentaire, entre expertise technique et recherche et développement d’un côté, identité visuelle et héritage sportif de l’autre.
C’est dans ce contexte que débarquent les deux premières palas frappées du célèbre reptile : les Lacoste L.MAX et L.SOFT.
Et pour ce baptême du feu, pas question de partir d’une feuille blanche. Les connaisseurs du catalogue Tecnifibre reconnaîtront rapidement la parenté avec la famille Curva, dont les deux modèles reprennent une architecture familière, habillée d’une identité résolument Lacoste.
Un choix pragmatique, loin d’être dénué de sens. Plutôt que de multiplier les innovations pour marquer les esprits, la marque préfère s’appuyer sur une architecture existante et proposer deux modèles aux tempéraments bien distincts.

Cosmétique : le Crocodile montre les dents
L.MAX : un écrin digne de la maison
Dès la réception de la L.MAX, on comprend que Lacoste ne souhaite pas proposer une raquette comme les autres.
Le modèle est présenté dans un véritable coffret collector noir, soigneusement compartimenté, qui renferme également une housse exclusive et une balle estampillée Lacoste Padel. Un conditionnement particulièrement soigné, qui transforme le simple déballage en une petite cérémonie.
À l’ouverture, une inscription calligraphiée en vert attire immédiatement le regard :
« Without elegance, playing and winning are not enough. » — René Lacoste
Cette devise, que l’on retrouve également sur la tranche des deux raquettes, résume parfaitement l’état d’esprit de la maison : la victoire compte, mais la manière de l’obtenir tout autant.
Une remarque toutefois, avec une petite pointe de chauvinisme : pourquoi avoir choisi l’anglais pour une maxime aussi emblématique ? Quand on représente depuis si longtemps l’élégance à la française, la langue de Molière aurait parfaitement trouvé sa place sur cet écrin.
Passons à la raquette.
La L.MAX arbore un superbe noir laqué, avec une finition brillante qui laisse apparaître un tissage carbone en damier. Le résultat est particulièrement réussi : le relief visuel apporte de la profondeur, tandis que le vert fluorescent vient réveiller cette dominante sombre.
Le célèbre crocodile occupe une grande partie du tamis. Impossible de passer à côté : le reptile affiche clairement ses ambitions.

L.SOFT : les couleurs s’inversent
La L.SOFT reprend les mêmes codes esthétiques, mais inverse complètement les couleurs.
Ici, le vert éclatant devient omniprésent. Il recouvre la quasi-totalité de la face et du cadre, tandis que le crocodile se dessine en noir profond, avec un effet de texture qui contraste joliment avec le vernis brillant.
Le résultat est beaucoup plus démonstratif que sur la L.MAX. Une cosmétique vive, presque estivale, qui ne passe certainement pas inaperçue sur un terrain.
Les finitions sont à l’avenant : inscription L.SOFT discrètement intégrée, maxime de René Lacoste sur la tranche et dragonne molletonnée, brodée aux couleurs de la marque. Ce dernier détail mérite d’être souligné, tant il est agréable de retrouver une dragonne soignée dès la sortie de la boîte.
Mais un choix esthétique me laisse sur ma faim : la taille du crocodile.
Fallait-il vraiment lui donner autant de place ?
Lacoste s’est construit une réputation mondiale avec un petit écusson brodé sur la poitrine. Une signature immédiatement reconnaissable, sans avoir besoin d’en faire davantage.
À mon goût, un crocodile plus discret aurait mieux incarné l’élégance historique de la maison. Le logo XXL séduira certainement les amateurs de designs affirmés, mais je trouve qu’il manque un peu de cette retenue qui fait justement le charme des produits Lacoste.
Cela reste évidemment une question de sensibilité. Et difficile de nier que ces deux palas possèdent une identité visuelle particulièrement forte.

Sous le vernis : l’héritage Tecnifibre Curva
Passée la découverte esthétique, intéressons-nous à ce que ces raquettes ont réellement dans le ventre.
La parenté avec les Tecnifibre Curva saute rapidement aux yeux. Formes, architecture du cadre et solutions techniques témoignent d’une filiation évidente avec cette famille, pensée pour conjuguer polyvalence, maniabilité et potentiel offensif.
Ce rapprochement mérite d’être considéré comme un avantage plutôt que comme une faiblesse. Lacoste s’appuie sur une base déjà connue, sans chercher à multiplier artificiellement les innovations pour justifier son arrivée sur le marché.
Une particularité mérite néanmoins d’être soulignée.
Dans sa communication, Lacoste présente les deux modèles comme des raquettes en forme de diamant. Les Tecnifibre Curva auxquelles elles s’apparentent sont, elles, généralement présentées dans un registre plus polyvalent, avec une géométrie proche de la goutte d’eau.
Cette différence de classification ne signifie pas nécessairement que les moules sont radicalement différents. Elle reflète aussi la manière dont chaque marque souhaite positionner ses produits.
À l’examen, nous ne sommes pas face à des diamants extrêmes exclusivement destinés aux gros frappeurs, mais plutôt à des profils capables de conjuguer capacité d’accélération et facilité de manipulation.
Voyons maintenant ce qui distingue les deux versions.
L.MAX : la puissance sans excès de rigidité
La L.MAX constitue la proposition la plus offensive de ce premier duo.
Son principal argument réside dans sa surface en carbone 18K, associée à une mousse EVA Soft monobloc.
Ce mariage est intéressant. Le carbone participe à la tenue et à la réactivité de la face, tandis que la mousse plus souple cherche à préserver le confort et la sortie de balle.
Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège des appellations commerciales : le 18K renseigne sur le nombre de filaments constituant les mèches de carbone, mais ne permet pas, à lui seul, de déterminer la rigidité finale d’une raquette. L’orientation des fibres, leur quantité, la résine et la construction globale jouent également un rôle majeur.
Sur cette L.MAX, c’est donc bien l’association de l’ensemble des matériaux qui donne son caractère à la pala.

X-Speed : une architecture pensée pour accélérer
La L.MAX hérite de la technologie X-Speed, issue de l’univers Tecnifibre.
Ce dispositif se caractérise par des ouvertures aménagées dans la structure du cadre, destinées à faciliter le passage de l’air et à accompagner les accélérations de la tête de raquette.
L’idée est intéressante : réduire la résistance aérodynamique pour favoriser les préparations rapides et les mouvements explosifs.
Reste évidemment à distinguer la promesse technique du ressenti réel. Une architecture aérodynamique ne suffit pas, à elle seule, à garantir une meilleure maniabilité : la masse, sa répartition et l’inertie globale restent déterminantes.
X-Top et Spin Skin 3D : protection et effets
Deux autres technologies complètent l’équipement.
La X-Top propose une solution de renforcement de la partie supérieure du cadre, destinée à mieux supporter les contacts accidentels avec le sol, les vitres ou le grillage.
La Spin Skin 3D, quant à elle, apporte un relief aux faces pour favoriser l’accroche de balle. Un traitement qui intéressera particulièrement les joueurs appréciant les bandejas coupées, les víboras et les frappes travaillées.
Sur le papier, la L.MAX possède donc un équipement sérieux. Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est sa capacité à exploiter ces technologies sans devenir trop exigeante à jouer.

L.SOFT : la vivacité comme priorité
La L.SOFT emprunte une voie différente.
Plus légère de 15 grammes, elle privilégie une prise en main immédiate et une plus grande facilité de mouvement.
Sa construction associe 80 % de fibre de verre et 20 % de graphite, avec une mousse EVA Soft.
Cette combinaison s’inscrit dans une logique de souplesse et de confort. La fibre de verre favorise généralement un comportement plus élastique que certaines constructions dominées par le carbone, tandis que la mousse souple accompagne la sortie de balle.
L’objectif est clair : proposer une raquette qui répond facilement, même lorsque le joueur ne frappe pas à pleine vitesse.
La L.SOFT conserve les technologies X-Top et Spin Skin 3D, mais fait l’impasse sur le dispositif X-Speed présent sur la L.MAX.
Un équipement un peu plus simple, donc, mais parfaitement cohérent avec son positionnement.

Un équilibre surprenant, mais bien pensé
Un détail mérite particulièrement mon attention : la L.SOFT présente un équilibre légèrement plus haut que celui de la L.MAX.
Sur une raquette aussi légère, ce choix prend tout son sens.
Un équilibre trop proche du manche pourrait donner une impression de tête très légère, avec moins de présence au moment de l’impact. Ici, la répartition de la masse permet de conserver une certaine consistance dans la frappe, sans compromettre excessivement la maniabilité.
C’est précisément ce que je retrouve sur la piste : une pala vive, facile à accélérer, mais qui conserve suffisamment de répondant pour ne pas donner l’impression de frapper dans le vide.
Ce compromis est particulièrement appréciable lorsqu’il faut défendre, relever une balle basse ou trouver de la profondeur sans engager tout son bras.
La L.SOFT ne cherche pas à rivaliser frontalement avec les raquettes les plus puissantes du marché. Elle préfère rendre le jeu plus naturel, plus fluide et moins contraignant.
Et dans ce registre, elle possède de solides arguments.

En jeu : deux tempéraments bien distincts
Après la découverte technique, place à ce qui compte vraiment : les sensations sur la piste.
Et malgré leur parenté évidente, les deux Lacoste affichent des personnalités suffisamment différentes pour justifier leur coexistence.
L.MAX : du répondant, mais aussi du confort
Avec la L.MAX, je retrouve une raquette qui aime être sollicitée.
Lorsque je décide d’appuyer une volée, d’accélérer une víbora ou de chercher la finition au smash, elle répond avec franchise. La face se montre réactive et l’impact possède cette consistance que l’on apprécie lorsque le rythme s’élève.
Mais ce qui me surprend agréablement, c’est qu’elle ne se limite pas à un registre offensif.
Malgré sa construction en carbone 18K, la L.MAX conserve un confort appréciable et une maniabilité tout à fait convaincante. Elle ne donne pas cette impression de raquette excessivement rigide qu’il faudrait constamment brusquer pour en tirer quelque chose.
Au filet, elle se montre suffisamment disponible pour enchaîner les volées sans avoir à multiplier les efforts. En fond de court, sa réponse reste saine et permet de construire les échanges sans être constamment à la recherche du coup gagnant.
C’est finalement une pala plus polyvalente que son appellation pourrait le laisser penser.
Elle aime que l’on appuie, mais ne vous oblige pas à jouer en force à chaque frappe.
L.SOFT : une excellente surprise
La L.SOFT me séduit immédiatement par sa maniabilité.
Plus légère de 15 grammes, elle se déplace avec une facilité remarquable. Les préparations sont rapides, les changements de direction naturels et les réactions défensives demandent moins d’effort.
Mais son principal atout ne se limite pas à cette vivacité.
Je découvre une excellente sortie de balle, associée à un sweet spot particulièrement généreux. Même lorsque le centrage n’est pas parfait, la réponse reste agréable et la balle repart avec une facilité appréciable.
En défense, c’est un véritable avantage. Les sorties de vitre se négocient sereinement, les lobs demandent moins d’engagement et les remises délicates deviennent plus simples à gérer.
Au filet, cette liberté de mouvement permet d’enchaîner rapidement les gestes et de conserver une belle qualité de frappe, notamment dans les échanges nerveux.
Autre bonne surprise : malgré son poids réduit, la L.SOFT ne manque pas de répondant. Son équilibre légèrement plus haut lui apporte ce supplément de présence qui évite la sensation parfois trop légère de certaines palas orientées confort.
Elle n’a évidemment pas la même autorité que la L.MAX lorsque l’on cherche à terminer un point avec une frappe lourde. En revanche, elle compense par sa vivacité, sa tolérance et sa facilité à produire de la vitesse sans forcer.
À mes yeux, c’est précisément ce qui fait son charme.
La L.SOFT n’est pas uniquement une raquette destinée aux débutants. Elle possède également de vrais arguments pour les joueurs confirmés qui privilégient la rapidité d’exécution et la fluidité des échanges.

L.MAX ou L.SOFT : laquelle choisir ?
Après ces essais, le choix me paraît assez simple à orienter.
La L.MAX conviendra davantage aux joueurs réguliers qui apprécient un toucher plus consistant, souhaitent appuyer leurs frappes et recherchent une pala capable de les accompagner dans un registre offensif, sans sacrifier complètement le confort.
Sa construction en carbone et son équipement plus complet lui donnent un positionnement naturellement plus ambitieux.
La L.SOFT, elle, s’adresse à ceux qui privilégient la maniabilité, la tolérance et une sortie de balle facile. Elle conviendra particulièrement aux joueurs en progression, mais aussi à des pratiquants plus expérimentés qui veulent conserver un maximum de liberté dans les échanges rapides.
Il serait toutefois réducteur de réserver automatiquement la L.MAX aux meilleurs joueurs et la L.SOFT aux débutants. Le choix d’une pala dépend autant des sensations recherchées que du niveau de pratique.
Un joueur confirmé peut parfaitement préférer une raquette souple et confortable, tout comme un pratiquant intermédiaire peut apprécier le répondant de faces plus fermes.
“La L.MAX invite à appuyer davantage. La L.SOFT permet de jouer plus librement”.
Deux approches cohérentes, qui répondent à des attentes différentes sans imposer une hiérarchie absolue.
Verdict final : le Crocodile réussit-il sa première morsure ?
Pour sa première véritable incursion dans le padel, Lacoste choisit la prudence plutôt que la révolution.
En s’appuyant sur l’expertise de Tecnifibre et sur une architecture issue de la famille Curva, la marque évite de se lancer dans une aventure technique hasardeuse. Elle dispose immédiatement d’une base crédible, qu’elle décline en deux versions aux caractères bien distincts.
La L.MAX mise sur une réponse plus ferme, un potentiel offensif supérieur et une présentation particulièrement haut de gamme. La L.SOFT, de son côté, séduit par sa maniabilité, son confort et une facilité de jeu qui dépasse largement le seul public des débutants.
Côté esthétique, impossible de rester indifférent. Les finitions sont soignées, les contrastes fonctionnent et le coffret de la L.MAX apporte une véritable dimension collector. Je reste néanmoins convaincu qu’un crocodile plus discret aurait davantage respecté l’élégance historique de la maison.
Mais une chose est certaine : Lacoste ne s’est pas contenté de poser son logo sur deux raquettes sans personnalité. Derrière les couleurs et le prestige de la marque, on retrouve deux propositions cohérentes, capables de répondre à des attentes bien réelles sur la piste.
Reste maintenant à savoir si cette première collection constitue un simple galop d’essai ou le début d’une ambition plus importante dans l’univers du padel.
Le Crocodile vient de poser ses premières pattes sur le 20 × 10. Il n’a pas encore révolutionné le jeu, mais il a déjà montré qu’il savait mordre.
Fan de padel, Stéphane est devenu le testeur officiel de la planète padel en Europe. Tout passe par ses mains expertes. Grâce à sa grande expérience dans le monde de la raquette, il est capable de vous scanner le matos de la tête aux pieds !



































































































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