Il aura fallu aller chercher ce quart de finale jusqu’au bout. Dans un match où chaque paire a successivement semblé prendre le contrôle, Momo González et Lucas Campagnolo ont fini par faire craquer Paquito Navarro et Martín Di Nenno au terme d’un troisième set marqué par la montée en puissance du Brésilien et les difficultés physiques de Paquito dans les derniers jeux.

Pendant longtemps pourtant, Di Nenno avait donné le sentiment de pouvoir maintenir sa paire constamment au contact. Très propre à la volée, l’Argentin a multiplié les interventions justes, notamment lorsqu’il fallait conserver le filet après une première défense adverse. Peu de déchets, beaucoup de profondeur et cette capacité à jouer une volée supplémentaire sans chercher systématiquement le coup définitif : Di Nenno a longtemps constitué le point d’équilibre de la paire.

À 4-4, sur un Star Point particulièrement important, il a même décidé de prendre les choses en main avec l’une de ses armes fortes : une vibora puissante qui permet à sa paire de sortir d’une situation tendue. Paquito ne s’y trompe pas et célèbre immédiatement le point en mimant sa traditionnelle guitare. L’image est légère, mais le moment ne l’était pas : Navarro et Di Nenno venaient de remporter l’un des points les plus importants du set.

Campagnolo refuse le plan préparé sur le banc

Entre les deux premières manches, Paquito et Di Nenno échangent longuement sur le banc. Leur intention apparaît rapidement : essayer davantage de travailler Campagnolo et l’obliger à jouer dans des situations inconfortables.

Mais le plan ne produit pas l’effet espéré.

Le Brésilien répond au contraire par plusieurs smashs autoritaires et de très bonnes bajadas. Plus les échanges se prolongent, plus Campagnolo semble entrer dans son match. Là où Navarro et Di Nenno espéraient peut-être provoquer une baisse de régime, ils participent finalement à installer leur adversaire dans une dynamique de confiance.

À 5-4, ils cherchent alors une nouvelle solution. Les lobs arrivent davantage au milieu, avec l’idée de pousser Momo et Campagnolo vers le fond puis de venir bloquer au filet. La stratégie est claire : empêcher les deux hommes de dicter les échanges depuis leurs zones préférentielles et avancer ensemble pour fermer les espaces.

Mais Momo et Campagnolo ne cèdent pas.

Ils acceptent la pression, défendent une balle supplémentaire et parviennent à emmener la manche jusqu’au tie-break.

Le tie-break change progressivement de camp

C’est là que le rapport de force évolue encore.

Paquito commence à laisser échapper quelques situations qu’il maîtrisait davantage jusque-là, pendant que Campagnolo continue, lui, de monter en régime. Le Brésilien joue désormais avec davantage de conviction, attaque les balles qui se présentent et assume complètement son rôle dans les moments importants.

Momo González reste fidèle à ce qu’il fait depuis le début : beaucoup de travail, de la défense, de la continuité et très peu de précipitation.

Le tie-break finit logiquement par tourner en leur faveur.

Ce n’est plus simplement une paire qui résiste à Paquito et Di Nenno. À cet instant du match, Momo et Campagnolo commencent à leur imposer leur rythme.

Di Nenno et Paquito frappent pourtant les premiers dans le troisième

Le début de la dernière manche aurait pourtant pu stopper cette dynamique. Paquito Navarro et Martín Di Nenno prennent immédiatement l’ascendant avec un break d’entrée et reprennent le contrôle du scénario.

À 5-3, ils disposent même d’une occasion de créer un deuxième écart. Un break supplémentaire aurait alors probablement mis fin à une grande partie du suspense.

Mais Campagnolo et Momo résistent. Ils reviennent à 5-4 et continuent de s’accrocher à chaque échange. Puis arrive un point qui résume à lui seul la fin de cette rencontre.

À 5-4, 30-40, alors que Paquito et Di Nenno peuvent encore se rapprocher de la victoire, Campagnolo doit négocier un retour de bajada. Le Brésilien joue son revers et trouve la grille à quelques centimètres près.

Une balle presque impossible à mieux placer. Et soudain, quelque chose change.

Jusque-là, Momo et Campagnolo semblaient parfois lutter pour rester en vie dans le match. À partir de ce moment, ils commencent à jouer pour aller le gagner.

De la survie à la conquête

Le langage corporel évolue. Campagnolo continue de pousser, Momo ne lâche plus un échange et la pression change progressivement de côté.

Paquito, lui, semble commencer à accuser physiquement la longueur du combat. Les déplacements deviennent plus difficiles et Momo comme Campagnolo comprennent immédiatement où envoyer leurs lobs. À 6-5, la tendance devient évidente.

Les balles hautes sont désormais dirigées presque systématiquement vers Navarro. Le Sévillan tente encore de s’accrocher, mais il ne possède plus la même capacité à reculer puis revenir vers l’avant. Dans le dernier jeu, il semble complètement à bout physiquement et ne parvient plus à couvrir le terrain comme quelques jeux auparavant.

Momo et Campagnolo n’ont plus qu’à maintenir la pression. Ils ne la relâcheront pas.

Campagnolo a grandi avec le match

Ce quart de finale aura finalement raconté deux histoires parallèles.

Celle de Martín Di Nenno d’abord, excellent pendant une grande partie de la rencontre, dont la qualité de volée et la capacité à tenir le filet ont constamment permis à Paquito et lui de rester dangereux.

Mais surtout celle de Lucas Campagnolo.

Pris pour cible à certains moments du deuxième set, le Brésilien n’a jamais reculé. Il a répondu par le smash, par la bajada, puis par une présence de plus en plus importante dans les moments décisifs. Plus le match avançait, plus son niveau montait.

À ses côtés, Momo González a apporté exactement ce dont Campagnolo avait besoin : la stabilité permettant de continuer à jouer même lorsque le scénario semblait leur échapper.

Ils ont résisté à 5-3 dans le troisième. Sauvé une nouvelle situation critique à 5-4, 30-40. Puis ils ont senti que le match pouvait basculer et sont allés le chercher.

Un quart de finale qui aura ressemblé jusqu’au bout à un combat. Et cette fois, ce sont Momo González et Lucas Campagnolo qui ont été les derniers à tenir debout.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.