Il y a des défaites qui interrogent davantage que d’autres. Celle d’Alejandro Galán et Federico Chingotto en demi-finale du Premier Padel Milan P1 en fait partie. Battus par Juan Lebrón et Leo Augsburger en trois sets (0/6 6/2 6/2), les numéros 2 mondiaux ont vécu une rencontre aussi spectaculaire qu’incompréhensible. Et au-delà du résultat, c’est surtout le comportement et l’effondrement d’Ale Galán qui interpellent.

Un premier set presque irréel

Pendant une vingtaine de minutes, on a pourtant retrouvé le meilleur de Galán. Un joueur impressionnant de puissance, de précision et d’intensité. Aux côtés d’un Federico Chingotto toujours aussi précieux dans la construction, l’Espagnol a livré un premier set proche de la perfection.

Le score est sans appel : 6/0. Galán et Chingotto remportent 74 % des points disputés, contre seulement 26 % pour leurs adversaires. Sur leur première balle de service, ils affichent 85 % de réussite, et même 100 % derrière leur seconde.

En face, Lebrón et Augsburger semblent complètement dépassés. Seulement 32 % des points gagnés derrière leur première balle, aucun point remporté derrière leur seconde. Difficile, à cet instant, d’imaginer un autre scénario qu’une qualification rapide des numéros 2 mondiaux.

Et pourtant, tout va basculer.

Galán passe de la démonstration à l’effondrement

Le deuxième set raconte une histoire totalement différente. Lebrón et Augsburger retrouvent de l’agressivité, jouent plus juste et commencent enfin à imposer leur rythme. Mais cette remontée ne suffit pas à expliquer ce qui se produit de l’autre côté du filet.

Galán perd progressivement le fil de son match. Le joueur si dominateur quelques minutes auparavant devient méconnaissable. Moins précis, plus irrégulier, moins lucide dans ses choix, il laisse apparaître une nervosité de plus en plus visible.

Les statistiques illustrent parfaitement ce retournement. Après avoir remporté 74 % des points du premier set, Galán et Chingotto n’en gagnent plus que 28 % dans la deuxième manche. Lebrón et Augsburger s’adjugent le set 6/2, avec 72 % des points remportés.

Le troisième acte ne permet pas aux numéros 2 mondiaux de retrouver leur équilibre. Malgré quelques séquences encourageantes, ils subissent encore la pression adverse. Lebrón et Augsburger remportent 67 % des points et concluent sur un nouveau 6/2.

Au total, après avoir infligé un 6/0, Galán et Chingotto encaissent un 12 jeux à 4. Une bascule difficile à expliquer uniquement par le réveil de leurs adversaires.

Un comportement qui pose également question

Ce qui inquiète peut-être davantage que le niveau de jeu de Galán, c’est son attitude générale sur la piste.

Habituellement capable de transmettre une énergie considérable à son partenaire, l’Espagnol a cette fois laissé apparaître un visage bien différent. Nervosité, frustration, réactions excessives : au fil de la rencontre, son comportement a fini par prendre presque autant de place que le match lui-même.

La tension est notamment montée avec Leo Augsburger, qui n’a pas accepté les excuses de Galán lors d’un échange tendu. Une scène révélatrice de l’atmosphère électrique qui entourait cette demi-finale.

Et cette fois, difficile de pointer du doigt Juan Lebrón, souvent au centre des polémiques lorsqu’il partageait la piste avec Galán. C’est bien le Madrilène qui a donné l’image d’un joueur dépassé par ses émotions.

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause son talent ou son engagement sur l’ensemble de sa carrière. Mais à Milan, Galán n’a pas seulement perdu un match : il a aussi perdu une partie de sa maîtrise émotionnelle. Et son attitude risque de laisser des traces dans la perception du public.

Depuis la finale du Paris Major, quelque chose semble s’être cassé

Il faut peut-être remonter à la finale du Paris Major, perdue face à Arturo Coello et Agustín Tapia, pour comprendre les difficultés actuelles de Galán.

Cette défaite semble avoir laissé des traces. Depuis, l’Espagnol donne régulièrement l’impression de porter un poids supplémentaire sur les épaules. Son niveau reste capable d’atteindre des sommets, comme l’a encore démontré le premier set à Milan. Mais cette excellence paraît de plus en plus difficile à maintenir dans la durée.

Le contraste est saisissant. Comment un joueur aussi dominant peut-il passer d’une démonstration presque parfaite à une telle succession d’erreurs, de frustrations et de mauvais choix ?

La question n’est pas uniquement technique. La dimension mentale semble aujourd’hui occuper une place centrale dans les difficultés du Madrilène. C’est une impression qui se dégage de ses dernières prestations, même si seul le joueur pourrait confirmer ce qu’il traverse réellement.

Galán semble moins serein, parfois moins investi dans certaines séquences, et surtout beaucoup plus vulnérable lorsque le scénario d’un match lui échappe.

Chingotto tente de maintenir le cap, mais cela ne suffit plus

Dans ce contexte, Federico Chingotto continue d’assumer son rôle. L’Argentin tente de maintenir l’intensité, d’encourager son partenaire et de préserver l’équilibre de la paire.

Mais même sa régularité et son engagement ne peuvent pas toujours compenser les variations de niveau de Galán.

Le problème est d’autant plus frustrant que cette association a démontré qu’elle pouvait rivaliser avec les meilleurs. Lorsque Galán joue à son niveau maximal, Chingotto dispose d’un partenaire capable de faire basculer n’importe quelle rencontre.

En revanche, lorsque l’Espagnol décroche, l’équilibre collectif devient beaucoup plus fragile. Et face à des adversaires aussi explosifs que Lebrón et Augsburger, cela ne pardonne pas.

La course à la première place mondiale a perdu son suspense

Cette nouvelle défaite a également une conséquence sur la hiérarchie du circuit.

Alors que Galán et Chingotto espéraient encore maintenir la pression sur Tapia et Coello, leur élimination en demi-finale de Milan ressemble à un nouveau coup d’arrêt.

Sur le plan mathématique, il faut toujours distinguer les possibilités théoriques de la réalité sportive. Mais dans la dynamique actuelle, la course à la première place mondiale paraît désormais pratiquement jouée.

Et c’est aussi une mauvaise nouvelle pour le suspense général du circuit Premier Padel. Pendant une partie de la saison, l’opposition entre les deux meilleures paires mondiales avait entretenu l’espoir d’une véritable bataille au sommet.

Aujourd’hui, cet espoir semble s’éloigner. Non pas parce que Galán et Chingotto manquent de talent, mais parce qu’ils ne parviennent plus à afficher la constance indispensable pour menacer durablement les numéros 1 mondiaux.

Le grand perdant de cette demi-finale reste donc Galán. Sportivement, mentalement et même en termes d’image, Milan représente un nouveau revers particulièrement difficile à digérer.

Lebrón et Augsburger ont su renverser un match qui semblait perdu

Il serait toutefois injuste de résumer cette demi-finale aux seules difficultés de Galán.

Car Juan Lebrón et Leo Augsburger ont aussi réalisé une performance remarquable. Après un premier set catastrophique, beaucoup de paires auraient baissé les bras. Eux ont continué à croire en leurs chances.

Leur réaction a été impressionnante. Plus agressifs, plus efficaces au service et beaucoup plus dangereux au retour, ils ont progressivement étouffé leurs adversaires.

Sur l’ensemble de la rencontre, ils remportent 56 % des points disputés, contre 44 % pour Galán et Chingotto. Ils affichent également 69 % de points gagnés derrière leur première balle et 80 % derrière leur seconde.

Cette victoire confirme surtout le potentiel de cette association. Lorsque Lebrón parvient à canaliser son jeu et qu’Augsburger trouve ses repères, leur puissance offensive peut faire énormément de dégâts.

Et après avoir renversé les numéros 2 mondiaux, ils vont désormais tenter de faire tomber les numéros 1.

Tapia / Coello en finale : l’impossible exploit ?

En finale du Milan P1, Lebrón et Augsburger retrouveront Agustín Tapia et Arturo Coello, vainqueurs de Franco Stupaczuk et Jon Sanz en demi-finale (6/4 6/3).

Cette fois, les rôles seront parfaitement définis. Tapia et Coello partiront largement favoris, forts de leur statut de première paire mondiale et de leur régularité exceptionnelle.

Mais Lebrón et Augsburger auront un avantage non négligeable : ils n’auront rien à perdre.

Après leur remontée face à Galán et Chingotto, ils arriveront avec de la confiance et la possibilité de jouer libérés. Leur capacité à accélérer les échanges, à prendre des risques et à imposer un padel très offensif pourrait leur permettre de bousculer les favoris.

Il faudra évidemment produire un match d’une tout autre régularité que celui de cette demi-finale. Face à Tapia et Coello, un premier set aussi compliqué pourrait coûter très cher.

Mais cette finale offre une affiche intéressante : d’un côté, la référence absolue du circuit ; de l’autre, une paire explosive, imprévisible et capable de coups d’éclat.

Et si Lebrón et Augsburger parvenaient à créer la surprise ?

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.