Thomas Leygue et Bastien Blanqué ont profité de leur interview après leur titre de champions de France 2026 pour répondre à certains commentaires aperçus pendant la compétition. Leur manière de s’encourager, leurs célébrations, leur frustration parfois visible sur la piste : les deux Français assument. Et derrière leur réponse se dessine un débat plus large sur les sacrifices du sport professionnel, le rapport à la réussite et une culture française qu’ils jugent parfois trop réservée.

Thomas Leygue : « Il n’y a rien qui m’affecte »

Après avoir parlé de la finale et de leur nouveau titre, Thomas Leygue tient à faire passer un message.

Pendant les rencontres, le Français a vu certains commentaires concernant son comportement sur la piste. Son expressivité, ses encouragements ou encore sa frustration ont parfois été critiqués.

Leygue commence par une mise au point :

« J’ai une grande qualité, et je n’ai pas honte de le dire : il n’y a rien qui m’affecte. »

Les commentaires ne l’empêchent donc pas de jouer. Mais il souhaite surtout expliquer ce que le public ne voit pas forcément derrière quelques secondes d’agacement ou une célébration particulièrement démonstrative.

« Essayez de revenir d’une blessure et de travailler tous les jours »

Thomas Leygue invite ceux qui le critiquent à regarder au-delà du match.

« Je vous souhaite un jour de vous lever le matin, d’aller vous entraîner, d’aller vous blesser, d’essayer de revenir, de travailler tous les jours pour essayer d’être au meilleur niveau. »

Une déclaration qui résonne forcément avec son propre parcours. Après une grave blessure au tendon d’Achille, le Français a dû traverser une longue période de rééducation avant de retrouver progressivement la compétition puis son meilleur niveau.

Et selon lui, c’est aussi cette accumulation de travail qui explique l’intensité avec laquelle il vit chaque rencontre.

« Comprendre pourquoi on s’encourage, pourquoi on s’énerve et pourquoi il y a autant d’enjeux quand c’est notre profession. »

« On met tout notre argent, tout notre temps, tous nos doutes »

Leygue poursuit en évoquant une réalité moins visible du circuit professionnel.

Derrière les tournois se cachent les entraînements, les voyages, la fatigue, les blessures, mais également les investissements financiers et les périodes de doute.

« On donne tous nos moyens, on met tout notre argent dedans, on met tout notre temps, tous nos doutes. »

Puis il ajoute :

« Il y a beaucoup de voyages, beaucoup de fatigue, beaucoup de doutes, de changements. C’est très compliqué d’être joueur professionnel. »

Pas question pour autant de se présenter comme une victime.

« Je ne me plains pas parce que c’est quand même la vie que j’ai toujours voulu avoir. »

Son message est plutôt destiné à remettre certaines réactions observées sur la piste dans leur contexte.

Lorsqu’il s’encourage ou célèbre avec Blanqué, il ne s’agit pas simplement d’en faire trop.

« On s’encourage parce que c’est notre vie et on vit pour ça. On vit pour ces moments. »

Blanqué : « Ce n’est pas la culture française de s’encourager »

Bastien Blanqué prend alors le relais et élargit le débat.

Pour le Toulousain, certaines critiques trouvent aussi leur origine dans une différence culturelle.

Ayant lui-même longtemps vécu et joué en Espagne, il estime que l’expression de la confiance et des émotions n’est pas perçue de la même manière partout.

« Malheureusement, ce n’est pas la culture française de s’encourager, d’être fier, comme disait Thomas, d’être fier de ses qualités, d’avoir un petit peu d’ego. »

Blanqué compare notamment la France avec l’Espagne, l’Amérique du Sud ou encore les États-Unis.

« On n’a pas les mêmes cultures. En France, il faut toujours être un peu discret, ne pas trop montrer ses émotions. »

Une retenue qu’il juge difficilement compatible avec certaines situations du sport de haut niveau.

« Quand tu es dans le dur et quand tu es dans le mal, ça ne peut pas fonctionner. »

Blanqué revient sur la blessure de Leygue

Pour appuyer son propos, Bastien Blanqué revient sur un épisode beaucoup plus personnel.

Il était présent lorsque Thomas Leygue s’est gravement blessé au tendon d’Achille.

« J’étais là le jour de sa blessure, il était en pleurs dans mes bras. »

Quelques mois plus tard, Blanqué voit son partenaire revenir progressivement au premier plan.

« Il revient aujourd’hui à son meilleur niveau. Il joue extrêmement bien depuis trois mois. »

Pour lui, impossible de dissocier les encouragements et les célébrations de tout ce chemin parcouru.

Blanqué fait d’ailleurs le parallèle avec sa propre saison, marquée par des résultats plus difficiles sur le circuit international.

« Moi, toute ma saison, je galère aussi cette année. On essaie de revenir et là, on gagne le Championnat de France. »

Alors forcément, ils célèbrent.

Leygue : « Il ne faut pas avoir honte de gagner »

Thomas Leygue reprend alors la parole avec une phrase qui résume leur position :

« Il ne faut pas avoir honte de gagner. »

Pour lui, humilité et célébration ne sont absolument pas incompatibles.

« Quand on gagne, nous on reste très humbles, mais on a toutes les raisons de célébrer, de se féliciter de tout le travail qu’on a fait. »

Leygue prend notamment l’exemple de Rafael Nadal, connu pour son intensité et sa manière de s’encourager sur le court.

L’objectif n’est évidemment pas de se comparer sportivement à l’Espagnol, mais de rappeler qu’au plus haut niveau, l’expression des émotions fait aussi partie de la compétition.

« Nous, on aspire, on a envie d’être comme les meilleurs mondiaux. On se lève tous les matins pour essayer d’être meilleurs. »

Avant de conclure :

« S’encourager n’a rien de mauvais. »

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.