Ancienne joueuse de tennis classée -4/6, Justine Lespes a passé plus de quatre ans aux États-Unis avant de découvrir le padel à son retour en France. À 27 ans, la joueuse originaire du bassin d’Arcachon connaît une progression rapide : en un peu plus d’un an de pratique, elle a atteint la 43e place française. Membre de l’équipe de Padel Reference, nous l’avons rencontrée à l’occasion du All Star de Padel Reference, organisé au Padel 33 à Bordeaux. Elle revient sur son parcours universitaire américain, son adaptation au padel et ses ambitions, avec un objectif en tête : intégrer le top 20 français.

Du bassin d’Arcachon aux universités américaines

Avant de découvrir les pistes de padel, Justine Lespes a consacré une grande partie de sa vie au tennis. En 4 ans, elle progresse jusqu’à atteindre le classement -4/6, un niveau qui lui ouvre les portes du tennis universitaire américain, à l’image de plusieurs joueurs aujourd’hui présents sur le circuit français de padel, comme Clément Filho et Nicolas Rouanet.

Pourtant, son départ aux États-Unis n’était pas initialement prévu. Après plusieurs années de compétition, Justine souhaitait profiter d’une année supplémentaire en France pour disputer des tournois. Mais l’arrivée du Covid bouleverse ses projets et l’incite à tenter une nouvelle expérience.

« Au début, je voulais profiter un peu en France, faire des tournois pendant une année sabbatique. Et le Covid est arrivé, donc ça a tout stoppé. J’ai décidé de partir aux États-Unis, au moins pour un semestre, pour voir si ça me plaisait. Finalement, j’ai vraiment adoré l’expérience. »

Partie en janvier 2021, elle restera finalement jusqu’en mai 2025, soit plus de quatre années passées outre-Atlantique. Installée dans le Kansas, la Française découvre un rythme particulièrement exigeant, entre études, entraînements quotidiens et préparation physique.

« On s’entraînait tous les jours au tennis pendant deux heures à deux heures et demie, avec du renforcement musculaire deux à trois fois par semaine. C’était assez intense. Quand tu rentrais en France l’été ou l’hiver, tu avais besoin de faire une pause. »

Les conditions météorologiques imposent également quelques adaptations. Avec les hivers enneigés du Kansas et le nombre limité de courts couverts, les joueuses doivent parfois se tourner vers d’autres activités, notamment la natation. Mais au-delà de l’aspect sportif, cette expérience lui permet surtout de découvrir une dimension collective qui jouera un rôle important dans sa future reconversion.

Une découverte du padel presque par hasard

De retour en France au printemps 2025, Justine Lespes ressent le besoin de changer d’environnement sportif. Après avoir consacré plus de vingt ans au tennis, elle avoue avoir connu une certaine lassitude. C’est finalement son frère, déjà pratiquant de padel, qui l’encourage à essayer.

« Mon frère me disait que j’allais aimer, mais au début je n’étais pas du tout attirée par le padel. J’étais vraiment à fond dans le tennis. En rentrant des États-Unis, je pense que j’avais fait une petite overdose et j’avais envie de découvrir autre chose. »

Elle commence à jouer durant l’été 2025, profitant notamment de la proximité des clubs du bassin d’Arcachon. Et contrairement à ce qu’elle imaginait, elle retrouve rapidement dans le padel l’un des aspects qu’elle avait le plus appréciés aux États-Unis : l’esprit d’équipe.

« Aux États-Unis, tu ne joues pas seulement pour toi, tu joues pour ton équipe. C’est ce que j’ai retrouvé dans le padel et ce qui m’a plu. J’aime jouer avec une partenaire avec laquelle je m’entends bien. »

Son passé de tenniswoman constitue naturellement un avantage, notamment dans le jeu au filet, où sa qualité de main lui permet de trouver rapidement ses repères. En revanche, l’apprentissage des vitres et les particularités tactiques du padel lui demandent davantage de temps.

« Le jeu au filet, c’est assez naturel quand tu viens du tennis. Par contre, les vitres, c’est encore compliqué aujourd’hui ! », reconnaît-elle avec le sourire.

Justine Lespes : « Le top 20 français ? Pourquoi pas ! » De -4/6 au tennis à 43e française au padel en un an

De la 300e à la 43e place française

Grâce à son ancien classement au tennis, Justine bénéficie d’une assimilation à la 300e place française lors de ses débuts. Mais malgré ses qualités techniques, elle découvre rapidement l’écart qui la sépare des joueuses déjà habituées aux compétitions de padel.

Pour progresser, elle participe à deux stages estivaux chez Padel Touch, puis multiplie les parties et les séances avec son frère. Elle bénéficie également des conseils de plusieurs joueurs présents au club, notamment Théo Larue et Hugo Girard, qui l’accompagnent dans son apprentissage.

« Au début, c’était compliqué de rivaliser avec les autres filles, parce qu’elles avaient commencé bien avant moi. Les stages à Padel Touch m’ont vraiment aidée, et ensuite je me suis entraînée avec mon frère. »

Les résultats ne tardent pas à suivre. En un peu plus d’une année, Justine Lespes passe de la 300e à la 43e place française, une progression d’autant plus intéressante qu’elle ne bénéficie pas d’un programme d’entraînement quotidien.

Car lorsqu’on l’interroge sur son organisation sportive, la joueuse préfère en sourire.

« Tu veux la réponse honnête ? Justine n’a pas d’entraînement fixe ! Je fais surtout des parties avec les collègues. On a un bon petit groupe et jouer avec des garçons, ça aide beaucoup. »

Elle profite également de certains déplacements à Toulouse pour travailler avec son frère, qui lui donne des cours. Mais les contraintes financières et professionnelles ne lui permettent pas de multiplier ces séances autant qu’elle le souhaiterait.

La défense et la tactique, ses principaux axes de progression

Si son bagage technique lui a permis de progresser rapidement, Justine Lespes sait qu’elle doit encore développer plusieurs aspects de son jeu pour rivaliser avec les meilleures Françaises.

Le premier concerne la défense, notamment l’utilisation des vitres et la gestion du rythme des échanges. Habituée au tennis, elle reconnaît avoir parfois tendance à vouloir accélérer trop rapidement, là où le padel exige davantage de patience.

« Quand tu viens du tennis, tu as envie d’accélérer. Il faut apprendre à ralentir le jeu, à mieux défendre et surtout à travailler les schémas tactiques. »

La joueuse insiste également sur l’importance de mieux analyser ses adversaires et d’adapter sa stratégie aux différentes situations rencontrées sur la piste.

Pour envisager une progression vers le top 20, elle estime devoir aussi franchir un cap sur le plan physique.

« Je pense qu’il y a du travail à faire sur la condition physique. Il faudrait aussi que je fasse davantage d’efforts pour m’entraîner plus régulièrement. Mais surtout, il me manque encore des choses dans le jeu, dans la manière de trouver les bonnes failles chez les adversaires. »

Une analyse lucide de la part d’une joueuse qui doit également composer avec son activité professionnelle chez Padel Reference, où elle s’occupe notamment de la logistique, de la préparation des commandes et de la gestion des stocks.

Justine Lespes : « Le top 20 français ? Pourquoi pas ! » De -4/6 au tennis à 43e française au padel en un an

Claudia Jensen, une source d’inspiration

Même si elle découvre encore l’univers du padel professionnel, Justine commence à suivre les grandes compétitions internationales. Une joueuse a particulièrement retenu son attention : Claudia Jensen.

Elle a notamment pu observer l’Argentine lors de la finale du Bordeaux P2, une rencontre qui l’a impressionnée par le niveau technique proposé.

« Jensen, je l’ai vue en finale à Bordeaux et j’ai été vraiment impressionnée. Sa qualité de main, c’est hallucinant. Franchement, ça donne envie. On est encore loin de ce niveau, mais ça donne envie de progresser. »

Une inspiration qui correspond assez bien à son propre profil, construit autour de ses qualités de main héritées du tennis, même si elle sait que la maîtrise tactique et défensive reste indispensable pour franchir de nouveaux paliers.

« Le top 20 français ? Pourquoi pas ! »

Après avoir vécu une première carrière sportive consacrée au tennis, Justine Lespes considère désormais le padel comme un véritable nouveau chapitre de sa vie de compétitrice.

« Je pense que je peux considérer le padel comme une deuxième carrière. J’ai pris énormément de plaisir au tennis, j’ai tout donné. Aujourd’hui, j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller dans ce nouveau sport. »

Avec une 43e place française atteinte en un peu plus d’un an, la joueuse du bassin d’Arcachon ne compte pas s’arrêter là. Sans se fixer de calendrier trop strict, elle évoque un objectif qui semble désormais à sa portée si elle parvient à structurer davantage son entraînement.

« Peut-être intégrer le top 20. Pourquoi pas ? Mais je veux surtout continuer à prendre du plaisir sur le terrain. »

Interrogée sur l’endroit où elle aimerait se situer dans deux ou trois ans, elle accepte finalement de se fixer ce cap : « Allez, top 20, on se dit ça ! »

Une ambition mesurée, mais révélatrice du chemin parcouru par Justine Lespes, passée du tennis universitaire américain au top 50 français de padel en un temps particulièrement court. Et à 27 ans, son aventure dans cette nouvelle discipline ne fait peut-être que commencer.

Maceo ZERHAT

Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !