Le forfait d’Alejandro Galán et Federico Chingotto au Kuwait Major soulève forcément des interrogations. Officiellement, leur absence est liée à une blessure de l’Espagnol, dont la nature et la gravité n’ont pas été précisées. Mais au-delà du problème physique, Galán traverse-t-il également une période de fragilité mentale ? Depuis la finale perdue du Paris Major face à Tapia / Coello, alors qu’ils semblaient avoir le titre en main, les numéros 2 mondiaux enchaînent les désillusions. Trois tournois consécutifs sans finale, des performances irrégulières et un Galán parfois méconnaissable dans son attitude. De quoi s’interroger sur les conséquences psychologiques de cette fin de saison particulièrement frustrante.

Le Paris Major, une défaite qui a peut-être laissé des traces

Pour comprendre la période traversée par Alejandro Galán, difficile de ne pas revenir sur la finale du Paris Major, disputée le 13 septembre dernier.

Face à leurs grands rivaux Agustín Tapia et Arturo Coello, Galán et Chingotto avaient une occasion en or de décrocher enfin ce titre qui leur échappe depuis plusieurs saisons.

Après avoir perdu le premier set 6/3, ils avaient parfaitement réagi pour remporter la deuxième manche 6/4.

Et dans le troisième set, les numéros 2 mondiaux avaient pris les commandes.

Ils menaient 5/2, puis se retrouvaient à 5/3 avec l’occasion de servir pour le titre. À cet instant, ils semblaient plus proches que jamais de leur premier sacre commun à Roland-Garros.

Mais face à Tapia et Coello, rien n’est jamais acquis.

Les numéros 1 mondiaux ont réussi à effacer leur retard, avant de pousser la rencontre jusqu’au tie-break, remporté largement 7 points à 1.

Défaite 6/3 4/6 7/6 pour Galán / Chingotto, après avoir été à un jeux d’un titre majeur.

Une défaite qui fait forcément mal, d’autant plus qu’elle intervient dans une rivalité où chaque occasion manquée prend une importance considérable.

Car depuis le début de leur association, Galán et Chingotto poursuivent le même objectif : faire tomber durablement Tapia / Coello et leur contester la première place mondiale.

Cette finale parisienne aurait pu représenter un tournant. Finalement, c’est une nouvelle désillusion.

Et depuis ce rendez-vous, quelque chose semble avoir changé dans la dynamique des numéros 2 mondiaux.

Trois tournois, trois demi-finales et aucune finale : une série inhabituelle

Ce qui interpelle surtout, ce sont les résultats qui ont suivi.

Après le Paris Major, Galán / Chingotto ont enchaîné trois tournois en trois semaines : Rotterdam, Düsseldorf et Milan.

Trois compétitions lors desquelles ils n’ont pas réussi à atteindre la finale.

Un bilan inhabituel pour une paire qui nous avait habitués à une régularité exceptionnelle et à des confrontations presque systématiques avec Tapia / Coello le dimanche.

À Rotterdam, ils ont été éliminés en demi-finale par Franco Stupaczuk / Jon Sanz, une nouvelle association qui a immédiatement trouvé des automatismes.

Une semaine plus tard, à Düsseldorf, le scénario se répète.

Les mêmes adversaires les éliminent de nouveau en demi-finale, cette fois sur le score de 7/6 6/4.

Deux défaites consécutives face à une paire qui évolue pourtant ensemble depuis peu.

Puis arrive le Milan P1, avec une troisième élimination en demi-finale, cette fois face à Juan Lebrón / Leo Augsburger.

Trois défaites qui ne ressemblent pas aux standards habituels de Galán / Chingotto.

Certes, les adversaires étaient de très haut niveau et les défaites ne sont pas honteuses. Mais pour une paire habituée à disputer les titres presque chaque semaine, cette série représente un véritable coup d’arrêt.

Et surtout, ce n’est pas uniquement le résultat qui interroge, mais la manière dont certains matchs ont été perdus.

À Milan, un Galán méconnaissable qui semble lâcher mentalement

La demi-finale du Milan P1 face à Juan Lebrón / Leo Augsburger est probablement l’exemple le plus marquant.

Galán et Chingotto réalisent pourtant un début de match exceptionnel.

Ils dominent complètement leurs adversaires et remportent le premier set 6/0.

On retrouve alors le Galán des grands jours : agressif, précis, puissant, capable de faire la différence sur pratiquement chaque balle.

Mais la suite de la rencontre est totalement différente.

Les numéros 2 mondiaux s’effondrent progressivement et concèdent les deux manches suivantes 6/2 6/2.

Une défaite difficile à comprendre après une première manche aussi dominatrice.

Et c’est surtout l’attitude de Galán qui a interpellé.

Habituellement capable de transmettre énormément d’énergie à son partenaire, l’Espagnol a montré des signes de frustration, avec plusieurs réactions inhabituelles.

On se souvient notamment d’une frappe très appuyée, directement dans la direction de Leo Augsburger, dans un échange où Galán semblait particulièrement agacé.

Une action qui donnait l’impression d’un joueur à bout de nerfs, davantage concentré sur sa frustration que sur les solutions à trouver pour inverser la rencontre.

Bien sûr, un geste isolé ne suffit pas à tirer des conclusions définitives sur l’état mental d’un joueur.

Mais ajouté à la physionomie du match, à la perte de maîtrise et aux récentes défaites, il alimente les interrogations.

A-t-on assisté à Milan à une véritable rupture mentale de Galán, ou simplement à un passage à vide dans une rencontre sous tension ?

Car sur le plan du jeu, l’Espagnol reste capable d’atteindre un niveau exceptionnel. Le premier set face à Lebrón et Augsburger l’a parfaitement démontré.

Le problème semble davantage résider dans sa capacité à maintenir ce niveau et à retrouver des solutions lorsque la rencontre bascule.

La course au numéro 1 mondial, une source de motivation qui disparaît ?

Autre élément important à prendre en compte : la situation au classement mondial et à la FIP Race.

Depuis le début de leur association, Galán et Chingotto ont un objectif clairement affiché : détrôner Tapia et Coello.

Ils ont construit leur projet autour de cette ambition, en travaillant énormément pour réduire l’écart avec les numéros 1 mondiaux.

Mais à mesure que la saison avance, cet objectif semble s’éloigner.

Après le Milan P1, Tapia / Coello possèdent 2 840 points d’avance à la Race, avec une dynamique impressionnante : quatre titres consécutifs et 18 victoires de rang.

Et le forfait de Galán / Chingotto au Kuwait Major, un tournoi qui distribue 2 000 points aux vainqueurs, pourrait encore creuser cet écart.

Mathématiquement, la première place n’était pas définitivement inaccessible avant le tournoi. Mais dans les faits, la domination et la régularité des Golden Boys rendent un renversement extrêmement improbable.

Une situation qui peut soulever une question : comment maintenir le même niveau de motivation lorsque l’objectif principal d’une saison semble presque hors de portée ?

Ce n’est pas forcément un manque d’envie de jouer ou de gagner.

Mais lorsque l’on se bat pendant des mois pour atteindre un objectif, que l’on passe tout près d’un titre majeur et que l’écart continue malgré tout de se creuser, l’accumulation des frustrations peut peser.

Galán avait d’ailleurs récemment évoqué la pression qui accompagne son association avec Chingotto, rappelant que leurs résultats sont souvent jugés uniquement à travers leur capacité à battre Tapia et Coello.

Il avait également réaffirmé son engagement envers son partenaire, assurant que leur projet était loin d’être terminé.

Rien ne permet donc d’affirmer que Galán a perdu sa motivation, mais le contexte sportif actuel peut contribuer à expliquer une certaine lassitude.

Un calendrier épuisant qui n’aide pas à retrouver de la fraîcheur

Il ne faut pas non plus négliger l’aspect physique.

Le circuit Premier Padel impose un rythme particulièrement exigeant aux meilleurs joueurs mondiaux.

Enchaîner Rotterdam, Düsseldorf et Milan en trois semaines, en atteignant systématiquement les demi-finales, laisse très peu de temps pour récupérer.

Entre les matchs, les déplacements, les entraînements, les obligations médiatiques et les voyages, les journées de véritable repos se font rares.

Pour des joueurs qui vont presque systématiquement loin dans les tableaux, cela signifie également passer de longues périodes loin de leur famille et de leurs proches.

Et cette fatigue peut avoir des répercussions sur les performances.

Moins de fraîcheur physique, moins de lucidité dans les moments importants, davantage de nervosité : autant d’éléments susceptibles d’influencer le niveau de jeu et l’attitude sur la piste.

Chez un joueur aussi intense et exigeant que Galán, cette accumulation pourrait être particulièrement difficile à gérer.

La blessure annoncée avant le Kuwait Major vient désormais s’ajouter à ce contexte.

Il serait toutefois prématuré d’établir un lien direct entre cette blessure, la fatigue et les récentes contre-performances, puisque sa nature n’a pas été communiquée.

Une blessure confirmée, mais beaucoup d’interrogations

Ce qui est certain, c’est qu’Alejandro Galán ne disputera pas le Kuwait Major.

L’Espagnol a lui-même confirmé son forfait sur les réseaux sociaux en raison d’une blessure, expliquant espérer retrouver rapidement les pistes.

Pour le moment, aucune information précise n’a été donnée concernant la zone touchée, la gravité de la blessure ou la durée de son indisponibilité.

Il faut donc distinguer deux choses : une blessure physique officiellement confirmée et une possible fatigue mentale qui relève, pour l’instant, de l’analyse des dernières performances.

Les difficultés sportives de Galán sont visibles, tout comme certaines manifestations de frustration. En revanche, rien ne permet de conclure à une véritable fracture psychologique.

Les Mondiaux avec l’Espagne, une occasion de retrouver la motivation ?

Autre interrogation majeure : Galán sera-t-il remis pour les championnats du monde ?

La compétition débutera dans seulement huit jours, le 2 novembre à Doha, et se poursuivra jusqu’au 7 novembre.

Un rendez-vous particulièrement important pour l’Espagnol, qui pourrait retrouver un objectif très différent de celui qui l’anime tout au long de la saison avec Chingotto.

Cette fois, il ne s’agira plus de poursuivre Tapia et Coello au classement mondial, mais de défendre les couleurs de l’Espagne.

Un contexte susceptible de lui apporter une nouvelle motivation.

En équipe nationale, les enjeux changent. Les partenaires ne sont plus les mêmes, la dynamique collective est différente et la perspective d’aller chercher un titre mondial avec son pays peut représenter un formidable moteur.

D’autant plus que l’Espagne aura une revanche à prendre face à l’Argentine, victorieuse lors de la précédente édition.

Pour Galán, ces Mondiaux pourraient donc offrir une occasion de repartir sur de nouvelles bases, à condition évidemment que son état physique lui permette de participer.

Car à huit jours du début de la compétition, sa présence reste incertaine.

Galán a-t-il simplement besoin de couper pour mieux revenir ?

Au fond, les dernières semaines posent une question plus large que celle du simple forfait au Koweït.

Alejandro Galán a-t-il besoin de retrouver de la fraîcheur physique et mentale après une saison passée à poursuivre sans relâche Tapia et Coello ?

La finale perdue du Paris Major, les trois demi-finales consécutives sans atteindre une finale, les difficultés affichées à Milan et l’éloignement presque définitif de la première place mondiale constituent une accumulation inhabituelle pour un joueur de son standing.

Mais il ne faut pas oublier une chose : Galán reste l’un des meilleurs joueurs du monde.

Le défi semble désormais être de retrouver la régularité, la sérénité et l’intensité qui ont fait sa force.

Son forfait au Kuwait Major pourrait lui permettre de récupérer, même si cette absence est d’abord imposée par une blessure.

Reste à savoir s’il pourra revenir dès les Mondiaux, avec une motivation renouvelée et l’envie de terminer la saison sur une note positive.

Car derrière la blessure physique annoncée, la question d’une usure mentale mérite d’être posée. Mais seule la suite de sa saison permettra de savoir si Galán traverse un simple passage à vide ou une période plus profonde de remise en question.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !